UN TROISIEME DIALOGUE ? CENCO : l’appel du pied désespéré au Chef de l’Etat

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Dans une tentative dispersée de restaurer une sorte de papauté dans l’Etat laïc de la République Démocratique du Congo, le président de la CENCO, Monseigneur Marcel Utembi avait pris son bâton de pèlerin pour expliquer le bien-fondé de sa démarche à ceux de décideurs étrangers qu’il considère comme étant capables de prononcer le fin mot de la crise politique artificielle actuelle. Il est clair que si la RDC est un état moderne, elle dispose dans son arsenal constitutionnel et juridique de tous les leviers devant lui permettre de se tirer de toutes les situations de crise conjoncturelle. Se targuant d’une légitimité dont elles sont les seules à connaître la source de provenance – la seule source de légitimité qui vaille en démocratie étant le peuple souverain – les calottes sacrées congolaises s’étaient mises à répondre aux quatre vents qu’il n’y avait plus d’institution légitimes en République Démocratique du Congo. Ainsi, pour Marcel Utembi l’Institution Président de la République ainsi que toutes les autres Institutions électives étaient tombées en désuétude du fait de la forclusion de certains délais. Seul l’accord de la Saint Sylvestre accouché par la CENCO avait l’alchimie nécessaire pour redonner de la légitimité à des institutions décadentes. Or cet accord, clamait Utembi à travers ses pérégrinations, n’est appliqué que « de mauvaise foi » par les animateurs actuels des institutions.
A en croire nos confrères du Potentiel dans leur livraison de jeudi 02 novembre, si l’accord de la Saint Sylvestre n’est pas appliqué de bonne foi, c’est avant tout parce que son application n’est pas inclusive. D’où le souci qui animerait la CENCO qui aurait demandé au Gouvernement et au peuple américain, par l’entremise de l’ambassadeur Nikki Haley d’ « obtenir des acteurs politiques le respect effectif de la Constitution et l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre ». Tabloïd proche de l’aile dure de l’opposition, et donc proche de la CENCO, Le Potentiel semble être attitré pour révéler les intentions de la CENCO qui serait « ouverte à toute initiative présidentielle lui enjoignant de reprendre du service en vue d’une facilitation ayant pour effet le réchauffement de l’accord du 31 décembre 2016 ».
Double langage de la CENCO
La question que bon nombre d’observateurs se posent après cet appel du pied de la CENCO est de savoir comment un président de la République déclaré « illégitime » par la même CENCO devrait encore donner à celle-ci un mandat pour le réchauffement de l’accord du 31 décembre 2016 ? Mais pourquoi diable la très extravertie CENCO n’aurait-elle pas alors carrément sollicité pareil mandat de l’Envoyée spéciale du Président américain Donald Trump avec laquelle elle a eu à s’entretenir dans ses locaux la semaine passée ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que la CENCO semble avoir découvert à ses dépends que le Président Kabila est toujours « l’acteur clé » de la crise politique congolaise, fort de l’épaisseur de légitimité lui conférée à la Présidentielle de novembre 2011 qui court « jusqu’à l’installation effective de son successeur élu » conformément à l’article 70 de la constitution. Face à cette évidence, les calottes sacrées se sentent obligées de revenir la queue entre les pattes négocier un autre mandat de facilitation auprès de celui qui est toujours le premier citoyen du pays malgré leur grise mine. Mais là encore, dans un Etat laïc comme l’est la République Démocratique du Congo, on peut se demander d’où les catholiques détiendraient le monopole de la facilitation des dialogues politiques ? L’histoire rappelle toutefois que cet exercice n’a pas toujours souri aux princes de l’Eglise depuis la Conférence Nationale Souveraine présidée par un de ses membres les plus respectés, le Cardinal Archevêque de Kinshasa Laurent Mosengwo Pasinya vers la fin de la deuxième République. Ne serait-il pas venu le temps de voir le Président de la République à qui plus personne ne conteste à ce jour la légitimité se donner le droit de désigner d’autres facilitateurs ? Pourquoi ne pas laisser les autres confessions religieuses faire leurs preuves à leur tour ?
La CENCO disqualifiée
Pour beaucoup d’observateurs, la CENCO semble s’être totalement disqualifiée par l’activisme brouillon de son bureau actuel pour pouvoir mener une quelconque facilitation utile entre protagonistes de la crise politique congolaise. D’abord parce qu’elle fait corps avec une des parties de cette crise. Il n’est un secret pour personne que le quarteron des calottes sacrés qui s’expriment en son nom poursuit les mêmes objectifs que l’aile dure du Rassemblement, en l’occurrence permettre à des Congolais portés à bout de bras par le néocolonialisme néolibéral de prendre le pouvoir par des moyens non démocratiques. Depuis près de deux ans, il n’y a plus aucune différence de fond comme de forme entre les positions du Rassemblement de Moïse Katumbi et la CENCO. Si la CENCO n’est pas devenue la caisse de résonnance du Rassemblement/Limete, plus rien ne permet de douter de ses accointances incestueuses avec cette branche jusqu’auboutiste de l’opposition. Or en matière de négociation, le facilitateur se doit d’être crédité d’une neutralité et d’une impartialité reconnues et attestées par toutes les parties en conflit. Ce qui n’est pas le cas pour la sœur siamoise de l’opposition radicale qu’est la CENCO.
La seconde raison de la disqualification de la CENCO pour conduire la facilitation d’un éventuel troisième dialogue est le double langage auquel les prélats catholiques ont habitué les Congolais depuis leur entrée à visage découvert sur l’arène politique congolaise. Tels des politiciens en quête de positionnement, les porte-voix de la Conférence épiscopale catholique sont capables de dire une chose et son contraire dans une même déclaration. Ils peuvent dénier à un président de la République la légitimité que lui a conféré le peuple lorsqu’ils sont en face de leurs parrains étrangers et revenir sur la pointe de pieds auprès du même Président de la République requérir son avis favorable pour reprendre les contacts en vue d’un troisième dialogue. Il en serait peut-être autrement si en homme de Dieu objectifs les calottes sacrées avaient brillé par un langage clair et net.
Le troisième dialogue, si jamais il avait lieu, ne saurait pour porter des fruits être confié à la à la facilitation de la CENCO.
JBD

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