UN PRETRE DANS LE MARIGOT POLITICIEN : L’Abbé Nshole se déculotte en direct

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Nshole-Makolo Kotambola, avec LD Balekelay

Quelques jours avant la dernière marche organisée par le Comité Laïc de Coordination (CLC), le 25 février 2018, un prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa très proche du cardinal Monsengwo dont on dit qu’il est le neveu s’est fendu d’une prestation télévisée qui demeurera historique dans les annales du rôle politique de l’église catholique en RD Congo. Le Révérend Abbé Donatien Nshole a, carrément, est carrément monté aux barricades lors de l’émission-culte « Deux sons cloches » de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) pour le compte de l’opposition radicalisée. Il y affrontait un autre homme de Dieu, le pasteur (d’une église de réveil) Makolo Kotambola, par ailleurs un des communicateurs de la majorité présidentielle. L’événement, intervenu quelques jours seulement après la dernière assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’institution suprême de l’église catholique romaine en RD Congo qui réunit tous les évêques du pays, n’était pas anodin. Et l’émission animée par notre excellent confrère Louis d’Or Balekelay, qui fait un buzz sur les réseaux sociaux via You Tube, est amplement rediffusée sur les chaînes de télévision kinoises. Parce que jamais encore l’église catholique n’était allée été aussi loin dans son engagement politique partisan depuis que les pays du continent s’essaient à la démocratie.
Des prêtres politiciens
Un prêtre catholique co-débatteur politique, c’est l’église romaine empêtrée dans les bas-fonds de l’arène politique qui y perd tout ce qu’elle pouvait encore revendiquer de « sacré » d’« apostolique » et de « prophétique », donc ses plus beaux atours… Le clergé catholique congolais par le porte-parole attitré de l’épiscopat s’est ainsi révélé, aux yeux de l’opinion, bassement manipulatrice et bonimenteuse : parce que la prestation de l’Abbé Donatien Nshole démentait ‘expressis verbis’ la position officielle de la Cenco qui soutenait encore, le 17 février 2018, que « le Corps du Christ, l’Eglise (n’était) inféodée à aucune organisation politique. Sa seule préoccupation étant de contribuer au bien-être du peuple congolais tout entier, à la sauvegarde et à la promotion de la dignité de la personne humaine, au respect de la vie, des libertés et des droits fondamentaux ». Sur le plateau de la RTNC, c’est à une prestation de l’église catholique… farouchement opposée à une des organisations politiques du pays que les téléspectateurs avaient été conviés. Sa préoccupation ne fut donc pas de contribuer au bien-être du peuple congolais tout entier, mais seulement à celui d’une partie de ce peuple, celle qui a tout à gagner dans les perturbations sociales orchestrées par le comité laïc de coordination dont on sait désormais qu’elle n’est qu’une créature du cardinal Laurent Monsengwo dans les objectifs visés par cet activisme public exhumé des périodes esclavagistes et coloniaux de l’histoire nationale. Des perturbations que l’on sait désormais dictées par la volonté de certaines puissances occidentales, notamment belge et européennes, de perpétuer leur mainmise sur les ressources économiques de la RD Congo face à la concurrence chinoise. C’est l’objectif du « dégager les médiocres » proclamé par le cardinal-archevêque de Kinshasa, oncle, mentor et maître à penser autant du CLC que de Nshole il y a peu, mais qui dissimule aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté auxquels s’adressent rituellement les évêques catholiques, les intérêts dissimulés derrière « le dégagement des médiocres ».
Compromissions historiques
EN RD Congo, ce n’est pas vraiment nouveau. L’histoire croule de témoignages qui indiquent à quel point une certaine hiérarchie de l’église catholique romaine a été complice aussi bien du tristement célèbre esclavage que de la sordide colonisation qui lui a succédé dans le continent noir. « Prêtres, vous allez certes pour l’évangélisation,
mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts
de la Belgique », recommandait déjà le tristement célèbre Roi Léopold II au clergé catholique en 1883. Ou encore lorsque le monarque-pillard indiquait à ses compatriotes membres du clergé en partance pour le Congo que « votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Evangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans cette partie du monde » (Afric-Nature, n° 005). Rien ne semble avoir fondamentalement changé dans l’attitude des princes de l’église catholique romaine, lorsqu’il s’agit de défendre des intérêts économiques qui n’ont vraiment jamais été ceux des populations rd congolaises. « Le pays n’en serait pas où il en est depuis son accession à l’indépendance si l’église catholique s’était réellement préoccupé de l’intérêt de ses fidèles ou du peuple de ce pays », commente à cet effet un professeur d’histoire de l’Université pédagogique nationale à Kinshasa auteur d’une volumineuse monographie sur le sujet.
Intérêts économiques, comme toujours
Il n’y a donc point d’intérêt supérieur du peuple dans la guerre du cobalt à l’échelle universelle dans laquelle le N°1 de la juridiction catholique de Kinshasa à choisi de s’aligner derrière de puissants intérêts européens en cherchant maladroitement à entraîner le plus possible de fidèles catholiques et des « naïves » populations rd congolaises. « Un peuple qui, du reste, n’a jamais rien demandé dans ce sens à ces évêques, en aucune circonstance », souligne encore, non sans pertinence, le professeur de l’UPN. En RD Congo, ce sont des assauts répétés que les princes de l’église catholique lancent contre la laïcité de l’Etat proclamée par toutes les constitutions qui ont caractérisé la vie publique depuis l’indépendance. La dernière en date, encore en vigueur, y compris. Ils s’en vantent d’ailleurs, sans se gêner outre-mesure : « En moins de trois de notre dernière assemblée plénière extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017, nous nous sommes retrouvés encore une fois à cause de la persistance et de l’aggravation de la crise sociopolitique du pays », rappelaient-ils le 17 février dernier. Les assemblées plénières cléricales deviennent donc plus fréquentes que les sessions parlementaires auxquelles prennent part les élus que les populations rd congolaises se sont démocratiquement choisis pour les représenter et porter leurs intérêts et aspirations légitimes. Les évêques s’arrogent sans vergogne le pouvoir de décider, d’orienter, sans titre ni droit, la vie publique en République démocratique du Congo.
Usurpation de rôle
Et cela, même les enseignements de l’église, très prudents et modérés dès qu’il s’agit de se mêler de la vie publique (activités temporelles) et du pouvoir des hommes, ne le permettent pas. Lorsque leurs excellences se prétendent avec un orgueil inhabituel chez des ecclésiastes « mus par la sollicitude pastorale à l’égard du peuple congolais … » conformément aux recommandations de l’Encyclique papale Gaudium et Spes, n.1, ils obéissent davantage aux recommandations multiséculaires du Roi Léopold II au clergé de son époque en occultant de plus récentes et pertinentes recommandations doctrinales. Comme celle du Pape Benoît
XVI qui stipule clairement qu’« une des tâches de l’Eglise en Afrique consiste à former les consciences droites et réceptives aux exigences de la justice pour que grandissent des hommes et des femmes soucieux et capables de réaliser cet ordre social juste par leur conduite responsable » (AM, 22). Elle précise sans ambages la mission essentielle de l’église, qui consiste à annoncer l’évangile pour éduquer les consciences à l’amour de la vérité et aux exigences de la justice, laissant à chaque chrétien le soin d’analyser les divers programmes soumis à son appréciation à la lumière de ces valeurs, selon le commentaire avisé de Ludovic Lado (« Le rôle public de l’église catholique en Afrique »), un prêtre jésuite connu pour la pertinence de ses analyses de la doctrine de l’église catholique. On est loin, très loin des appels iconoclastes à « dégager les médiocres » en manifestant lancés par Monsengwo et ses sbires, qui privent les fidèles de la liberté d’appréciation leur reconnue par Rome. Descendue dans les caniveaux de l’arène politicienne, l’église catholique romaine rd congolaise avec des porte-voix comme l’Abbé Nshole poursuit une inexorable descente aux enfers en se déshabillant maladroitement devant des croyants et non croyants médusés par ce style aussi impétieux que présomptueux.
J.N.

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