UN PAS DE PLUS VERS LES ELECTIONS 2018 : Vent de panique à l’opposition

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Electrices à l'épreuve de la machine à voter dans la province de la Tshopo

La promulgation de la loi portant répartition des sièges par circonscription électorale, le 8 juin 2018 à la date exacte prévue par le calendrier électoral de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), vient confirmer l’inéluctabilité des scrutins de fin décembre 2018. Mais sans doute l’énorme retard dans la préparation pris par l’opposition radicale rd congolaise qui jusque-là se complaisait à ruer sur les brancards pour le partage des postes au sommet, préalable aux élections législatives nationales et provinciales ainsi qu’à la présidentielle. A sept mois des scrutins, c’est à peine si l’UDPS/Tshilombo a mis en place sa commission chargée des élections après avoir tout de même animé, fin avril 2018, un rassemblement populaire dans la périphérie de Kinshasa. Avec l’UDPS, il faut aussi ajouter l’UNC de Vital Kamerhe qui semble avoir roulé tout son monde en préparant tant bien que mal le parti aux prochaines élections, tout en criant avec les loups sur la nécessité d’un partage de gâteau préalable, lui aussi.
Ailleurs, le vent de panique est plus que perceptible et se traduit par un tir groupé contre la CENI. Plusieurs ONG, que l’on sait dépendantes des partis politiques de l’opposition radicale et des financements de milieux impérialistes occidentaux plus ou moins occultes et acteurs politiques cherchent à leur solde, s’agitent à qui-mieux-mieux pour débusquer le moindre prétexte pouvant justifier la remise à plat de tous les efforts consentis depuis 2016, au début des opérations pré électorales. Le nouveau défaut de la cuirasse, dénichée non sans peine par les opposants, c’est une « exécution mécanique » du calendrier électoral. « Comme si un calendrier devait être exécuté de manière littéraire, avec débats démocratiques à la télévision », commente amère, cet étudiant en droit à l’Université de Kinshasa. Parce qu’en RD Congo, l’opposition politique a systématiquement récusé tous les calendriers électoraux proposés par la CENI depuis 2012, y compris le dernier, rendu public le 5 novembre 2017. « Tout le monde a fini par comprendre que ce ne sont nullement les calendriers qui posent problème, mais les opposants eux-mêmes qui s’opposent aux élections de décembre 2018 et préfèrent en fait le partage du pouvoir aux élections », explique cet enseignant à la même université kinoise.
Le nouvel argument opposant contre le travail fourni par la CENI est fourni par AETA, Agir ensemble pour les élections apaisées. Selon cette ONG, « Il s’avère qu’il y a eu un tel déséquilibre dans la répartition des sièges qu’il est important de comprendre que certaines provinces risqueraient d’être [lésées] parce que les sièges qui devraient leur revenir seraient revenus à d’autres provinces », dont le secrétaire général, Gérard Bisambu, est membre à part entière de la nouvelle plateforme « anti-électorale » katumbiste et des milieux catholiques kinois dont il est issu. Mais parmi les politiques rd congolais et leurs affidés, dissimuler un parti-pris flagrant sous les oripeaux d’un savoir aux allures scientifiques ou d’une parole d’évangile est une pratique courante. Et nul ne s’en offusque.
Le premier à saisir l’argumentaire de l’AETA parmi les radicaux de l’opposition, c’est Martin Fayulu, chef d’un petit parti politique qui n’a jamais aligné plus de deux élus nationaux depuis que sont organisées les élections en RD Congo. L’Ecidé (Engagement Citoyen pour le Développement) reproche en effet à la CENI d’avoir effectué la répartition des sièges sans attendre l’audit du fichier électoral, selon son communiqué. Mais, « on aurait attendu l’audit du fichier électoral que la même opposition aurait crié au retard dans l’exécution du calendrier », rétorque un député élu de la majorité présidentielle. Qui n’a peut-être pas tout à fait tort, puisqu’une autre organisation de l’opposition radicale, le Comité Laïc de Coordination, alléguait déjà de l’éventualité « plus que probable » de la non-tenue des élections en décembre prochain pour reprendre ses tentatives d’insurrection populaire sous peu.
Mais Martin Fayulu, qui de toutes façons n’a jamais dépassé le seuil de 5000 voix dans son fief électoral kinois en deux participations aux législatives n’en est pas à ses premiers coups de boutoir contre la CENI. Au lancement des opérations d’enrôlement à Kinshasa, juillet 2017, son Ecidé avait déjà dénoncé sur tous les toits la lenteur des opérations qui, selon lui, étaient viciées à l’avance pour préjudicier son score électoral. Mais au terme de la consolidation du fichier électoral, début avril 2018, il s’est avéré que c’est la capitale de la RD Congo qui alignera le plus grand nombre d’élus dans la prochaine assemblée nationale, plus de 50 en fait. « On n’a pas encore entendu Monsieur Fayulu s’en plaindre », fait observer, goguenard, ce technicien kinois de la CENI qui n’a pas oublié les commentaires malveillants du restaurateur reconverti dans la politique politicienne la plus tonitruante.
Deux types de réactions s’observent dans le chef des acteurs politiques qui se réclament de l’opposition, notent les analystes. D’une part, la réaction prudente de ceux, plus ou moins assurés du soutien d’une base électorale sûre. Et se disposent à affronter l’électorat en décembre prochain pour ne pas tout perdre tout en affichant une posture fort critique vis-à-vis du processus en cours. Félix Tshilombo Tshisekedi qui, tout en assurant à sa base à Ndjili qu’il briguerait la présidence de la République, a rejeté la machine à voter sans laquelle la présidentielle ne saura se tenir en même temps que les législatives nationales et provinciales, se range dans ce lot.
Qui comprend également Kamerhe et son UNC qui eux aussi assurent de ne pas vouloir de la machine à voter tout en se préparant à aller aux urnes, au cas où. Si l’un et l’autre peuvent revendiquer une assise électorale dans la province du Kasai Oriental (Félix Tshilombo) et dans la province du Sud Kivu, mais aussi ci et là à travers le territoire.
D’autre part des excités comme Fayulu, élu à Kinshasa par ceux qui, dans le district de la Tshangu partagent ses origines tribales, et qui ne peut donc prétendre à mieux que le pauvre petit siège électoral qui lui échoit à chaque scrutin. Mais aussi de beaucoup d’autres acteurs politiques de l’opposition dite radicale qui ont plus à gagner dans un partage du pouvoir entre acteurs politiques que dans une compétition électorale. La plupart des lieutenants qui meublent les rangs de « Ensemble pour le changement », la nouvelle plateforme de Moïse Katumbi Chapwe se trouvent dans cette dernière catégorie. « Que voulez-vous que des élections, même les plus transparentes, rapportent de plus à l’éternel élu de son unique base de Kasangulu comme Mvuemba ? S’il désire devenir ministre un jour, c’est sur un partage et non sur des élections que compte notre collègue », explique au Maximum ce député de la majorité présidentielle. Qui ajoute que la situation est la même pour beaucoup d’autres : « Les Lutundula, Sessanga, Kamitatu, Ewanga … qui tous ne rêvent que de strapontins ministériels sans rapport équitable à la taille de leurs ambitions ne peuvent que préférer des négociations assorties de partage du gâteau aux élections. C’est pour cela qu’ils prestent chez Katumbi », ponctue-t-il.
Plus les élections approchent, plus la panique s’étend comme une traînée de poudre dans les travées de l’opposition radicalisée.
J.N.

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