UN ARTISTE MUSICIEN QUI A MARQUE SON TEMPS : Ntesa Dalienst, le chanteur talentueux

    15
    Ntesa Dalienst

    Avant d’intégrer le Tout-Puissant O.K. Jazz de Franco Lwambo, le chanteur Dalienst, de ses vrais noms, Daniel Ntesa Zintani, a dirigé avec succès et comme leader incontesté et incontestable, l’orchestre « Les Grand maquisards ». L’artiste est né au village Kinsiona, dans le territoire de Mbanza-Ngungu, province du Kongo Central, en 1946. Il a grandi et effectué des études de moniteur à Mbanza-Ngungu où il a enseigné pendant quelques années. Dalienst arrive à Kinshasa en 1965 dans le sillage de la communauté kimbanguiste et se distingue dans la chorale de cette confession religieuse en même temps qu’un autre de ses frères de frère de terroir, Georges Kiamuangana Mateta dit Verckys, qui y jouait à la flûte.
    Musique professionnelle
    Alors que Jeannot Bombenga W’Ewando, un ancien collaborateur de Kabasele Joseph dit Grand Kallé dans l’African Jazz, venait de mettre sur pied son propre ensemble musical, il entend parler d’un jeune chanteur en provenance du Kongo Central. Il s’agit de Dalienst, qu’il fait chercher prestement l’incorpore dans son « Vox Africa ». C’est dans ce groupe que Dalienst rencontrera pour la première fois Sam Mangwana, qui n’y séjourne pas longtemps, cependant, et rejoint l’Africa Fiesta National. Dalienst reste chez Bombenga et se fait aussitôt apprécier grâce à ses qualités vocales.
    C’est la période où le guérillero proche de Fidel Castro, Ernesto Che Guevara, hante et fascine les esprits des jeunes kinois. La mode chez les artistes est alors à l’entrée en maquis avant de lancer un nouveau groupe. Durant la même période, l’Africa Fiesta National de Rochereau, rentré dans la capitale après sa participation au Festival de Montréal au Canada, est secoué par des défections. Son guirariste soliste, Jean-Paul Vangu dit Guvano, quitte le groupe et emporte dans sa suite une bonne partie des musiciens, dont Sam Mangwana. Le groupe rêve de création d’un nouvel orchestre.
    Festival des Maquisards
    Avant « Les grands Maquisards », il y eut l’orchestre « Le Festival des Maquisards ». En effet, alors que les musiciens étaient en maquis, le bassiste Johnny Bokosa (jeune frère de Franck Lassan, le chanteur de charme) ainsi que Sam Mangwana n’arrêtaient pas de rêver d’exploits maquisards de Che Guevara. Au point de baptiser leur ensemble musical du nom de « Festival des Maquisards ». La présidence du groupe fut confiée à Guvano, secondé de Sam Mangwana.
    Dalienst rejoint les festivaliers…
    Dalienst s’intéressa au nouveau groupe et y sollicita l’intégration. Grâce à Sam Mangwana qu’il avait déjà côtoyé chez Bombenga, l’artiste fut facilement admis dans le groupe.
    Composé des musiciens aguerris, « Le festival des Maquisards » réussit sans peine à dompter les mélomanes kinois et congolais et se fit une place de choix dans le giron de la musique congolaise. Dalienst en profita pour y faire embaucher un de ses cousins, le chanteur André Kiese Diambu. Comme un grain de sable, l’intégration du nouveau venu s’accompagna d’une sournoise méfiance Ntesa et Mangwana, qui dégénéra rapidement en cruelle rivalité. Lokombe, un autre chanteur talentueux du groupe, fut désigné par ses collègues pour négocier une réconciliation entre les deux parties, mais n’y parvint pas.
    Néanmoins, « Le Festival des Maquisards » volait de succès en succès : après une tournée mémorable Kinshasa-Mbandaka-Kisangani-Kinshasa en 1968, l’orchestre s’envola pour Mbujimayi aux frais d’un capitaine des Forces Armées Zaïroises, Denis Ilosono. En plein concert dans un bar au quartier Tshibuyi, le sponsor est arrêté par les services spéciaux sur ordre du Président Mobutu pour détournement des fonds. La nouvelle tombe comme un couperet sur les musiciens. C’est le sauve-qui-peut général. Guvano et Mangwana qui géraient la caisse rentrent précipitamment à Kinshasa. Les autres musiciens – parmi lesquels Dalienst et son cousin Kiese Diambu ne parviennent que très péniblement à rejoindre la capitale. C’était le début de la fin du « Festival des Maquisards ».
    Naissance de l’orchestre Les Grands Maquisards
    Le 2 septembre 1969, c’est l’éclatement total de l’orchestre. En chômage, le guitariste Dizzy Mandjeku et les chanteurs Ntesa, Lokombe et Diana prennent l’initiative de contacter Verckys Kiamuangana, patron de l’écurie musicale Vévé, à qui ils proposent la création d’un nouvel orchestre sous le nom de « Tout Puissant Festival des Maquisards », sans Guvano et Mangwana. L’offre est particulièrement alléchante et Verckys accepte, mais en imposant une dénomination, le groupe s’appellera « Les Grands Maquisards », décide-t-il. Ntesa Dalienst est désigné leader et président du groupe. Sans tarder, Verckys, qui a compris qu’il ferait une fructueuse affaire avec ces jeunes gens, leur fait signer contrat et leur cède un équipement de musique. Les premières chansons des Grands Maquisards ne tarderont pas : « Biki », « Deliya », « Nsonia », « Obotama mobali ndima pase », cartonneront terriblement, comme on dit aujourd’hui. Ces œuvres, fort appréciées par les mélomanes, font les meilleures ventes de la maison Vévé. L’orchestre effectuera sa sortie officielle sur scène chez Vis-à-Vis bar au quartier Matonge dans la commune de Kalamu, le 10 octobre 1970. L’événement fut phénoménal : le bar était plein comme un œuf, alors qu’au dehors attendait une multitude.
    De leur côté, Guvano et Sam poursuivait tant bien que mal l’aventure « Le Festival des Maquisards ». Mais le duo ne tardera pas à se laisser anéantir par la pression discographique des rivaux du « Grand Maquisard » qui ne tardèrent pas à conquérir aussi bien Kinshasa, Brazzaville, Pointe-Noire, Luanda et d’autres pays d’Afrique : le Cameroun, le Gabon, la RCA, la Côte d’ivoire, le Tchad, le Sénégal, etc.
    Nous sommes en 1972, le contrat s’acheminant vers sa fin, avant de le renouveler, le PDG Verckys voulait remettre une voiture VW Coccinelle, au lieu de Fiat 600 au leader, Dalienst, et des motos pour Lokombe, Diana et Dizzy. Ntesa Dalienst s’oppose catégoriquement à cette proposition. Diana, mécontent et déçu comme ses trois autres collègues, s’en alla contacter une autre maison de production. Les négociations aboutissent avec les Frères Malutama (Jean-Claude et Léopold) dont la maison Geomas était dirigée par leur père. Le contrat est signé pour un salaire consistant de 45 Zaïres pour chacun des responsables du groupe, avec promesse de 12 voitures à acheter pour les musiciens. L’orchestre « Les Grands Maquisards » tourna le dos à Verckys.
    Mis au parfum de ce deal, Kiamuangana dénonça aussitôt une violation de contrat. Il fit arrêter Dalienst et l’épouse de Dizzy Mandjeku en l’absence de son mari, qui furent détenus dans les cachots de l’Auditorat militaire de la Gombe. Ce n’est que grâce à l’intervention soutenue de Roger Izeidi, un ancien musicien d’African Jazz de Grand Kallé à qui Verckys vouait un grand respect que les deux détenus furent libérés. Mais la fin du partenariat était irrémédiablement scellée.
    1973, vint encore un autre malheur…
    Assuré d’un très bon salaire qui mettait les musiciens à l’abri du besoin, « Les Grands Maquisards » voguèrent de succès en succès. Fin décembre 1973, ce contrat arriva à terme, lui aussi. Il fallait négocier le renouvellement. Léopold Malutame, du reste satisfait du rendement de l’orchestre, propose que la maison Geomas achète 12 voitures pour les musiciens. Mais son père et patron de la maison d’édition de disques n’est pas d’accord et trouve la proposition trop coûteuse. A la place, il propose un contrat de cession d’œuvres en échange d’un nouvel équipement musical de bonne qualité. En plus du fait que Dalienst, Lokombe, Dizzy et Diana sont désormais comptés parmi les administrateurs de la maison de disques. Le chanteur Dalienst, encore lui, trouve la dernière proposition appropriée et veut signer seul ce contrat. Les frères Malutama s’y opposent. Ils préfèrent qu’il le co-signe avec son cousin Kiesse Diambu. Entre-temps, les autres musiciens ne l’entendent pas de cette oreille et Léopold Malutama prend fait et cause pour eux. Enervé, Dalienst en vient aux voies de fait avec Malutama et c’est parti pour la gloire. La famille décide que ces deux enfants arrêtent tout. Les instruments destinés aux Grands Maquisards sont immédiatement vendus à l’orchestre Bella Bella des frères Soki. C’est la fin de l’histoire des Grands Maquisards et de la maison Geomas.
    Zenga Ntu

    Pas de commentaire