UDPS – G7 : La coalition s’essouffle

    14
    F. TSHILOMBO ET PIERRE LUMBI

    Les dernières réactions de Félix Antoine Tshilombo pour l’Udps et de Christophe Lutundula pour le G7 à propos de la manifestation-clé du 19 décembre dernier confirment l’impression de navigation caractéristique des stratégies de l’opposition radicale depuis 2015. Au point que certains acteurs de la plateforme n’hésitent plus à en appeler à son urgente restructuration.
    Le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement/Limete (Rassop/Limete) tenait à faire de la date symbolique du 19 décembre 2017 une journée de démonstration de forte pour rappeler à la communauté tant nationale qu’internationale cette date consacrait effectivement la fin du second et dernier mandat du Président de la République. La plateforme créée à Genval en Belgique misait sur deux nouveaux et décisifs : le ralliement de l’UNC de Vital Kamerhe et du MLC de Jean-Pierre Bemba, d’un côté, et le «soutien» de la Conférence Episcopale Nationale du Congo et du Comité des Laïcs catholiques, de l’autre. Les évêques et leurs « laïcs » en sont d’ailleurs venus à donner au Président de la République un ultimatum qui lui intimait l’ordre de se prononcer au plus tard le 15 décembre 2017 sur le fait qu’il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle et ne modifiera pas la constitution. Le 15 décembre 2017, Bruxelles a servi de «coordination» aux organisateurs de la manif qui s’est avéré un flop mémorable, le plus de l’année…
    Ces desseins opposants étaient tellement évidents que Félix Tshilombo, interviewé par Rfi le 19 décembre dernier, a étalé ce que d’aucuns traitent d’amateurisme. «J’ai essayé de sillonner les points de ralliement. Je n’ai pas vu les combattants tel que c’était prévu. Et dans ce cas-là, ça ne servait à rien de venir tout seul et de se faire cueillir en étant seul », a-t-il commencé par lâcher avant de révéler, certainement sans s’en douter, le «secret» de réussite des opérations dites «journée morte » ou «ville morte».
    En effet, sur les antennes de Radio mondiale, l’héritier politique auto-proclamé d’Etienne Tshisekdi a décrit son embarras en révélant que : «Le problème, c’est que la pluie est tombée jusqu’à 8h00 du matin, je crois. Nos équipes de mobilisation ultime – ceux qui d’habitude sensibilisent le transport privé à partir de 5 h00 de ne pas sortir – n’ont pas pu faire le travail».
    Comme il n’y a jamais deux sans trois, ce jeune acteur politique également surnommé Fatshi s’est enfoncé davantage dans l’irrationnel en déclarant que : «Notre mobilisation aussi, peut-être, a souffert d’imperfections. Je suis arrivé il y a deux jours, mais j’ai trouvé qu’il y avait encore du travail…».
    Fatshi a attribué en grande partie l’échec de la manif du 19 décembre dernier aux forces de police qui avaient quadrillé les grandes villes du pays, dont Kinshasa.
    En fait, cette interview – que Rfi n’a pas voulu rediffuser le lendemain pour la remplacer plutôt par le dossier « Kamwina Nsapu » – devrait affecter durablement les rapports au sein de la plateforme du Rassop/Limete en ce que :
    – primo, un président national habitué à dresser le «peuple» contre les forces de l’ordre, et cela au nom des libertés démocratiques, affiche publiquement sa peur d’être pris par la police. C’est la troisième fois qu’il fait faux bond aux siens. La première fois, il avait préféré rejoindre Moïse Katumbi à Rabat la veille d’une manifestation. La deuxième, il s’est terré dans sa résidence pendant que le «peuple» marchait. Et cette fois, il prétend avoir sillonné les points de ralliement et dès qu’il est arrivé à celui de l’Echangeur de Limete, il a rebroussé chemin pour n’avoir trouvé personne.
    – secundo, sans que personne ne le lui ait demandé, Fatshi a éventré le boa. On sait maintenant que les opérations «journée ville morte» ne réussissent que grâce aux pressions et intimidations que des équipes de mobilisation ultimes exercent sur les propriétaires des taxis, taxis-bus, bus et mototaxis pour les empêcher de sortir leurs engins. L’opinion se rend compte ainsi de l’ampleur des manipulations auxquelles les transporteurs privés sont soumis par les acteurs politique de l’opposition.
    – tertio, Fatshi a relevé un pan entier des germes de dictature enfouis au plus profond de son être. En avouant avoir constaté 48 heures plus tôt le bâclage du travail de mobilisation confié à ses équipes, il aurait dû ajourner la manifestation projetée sans nécessairement en donner les raisons. Après tout, entre le 19 et le 31 décembre 2017, il y avait encore 11 jours au cours desquels il pouvait choisir une nouvelle date. Que non ! Il a décidé du maintien de sa manif, quitte à la laisser échouer. Peu importe le prix à payer par la population mobilisée.
    Comble d’ironie avec le G7…
    Un malheur ne vient pas seul, dit-on. Pendant que le «Rassop/Limete» s’étranglait encore des propos suicidaires de Félix Antoine Tshilombo, Christophe Lutundula Apala a, lui aussi, jeté un gros pavé dans la mare. Dans un tweet publié à 22h08 le même 19 décembre 2017, il insulte quasiment le «peuple» en ces termes : « Quelles que soient les qualités et la détermination d’une opposition, tant que le peuple n’a pas une conscience aiguë de sa condition misorable ni atteint le seuil critique de la révolte, la lutte de libération a très peu de chance de réussir. Défi à relever pour le Rassop». (ndlr : par misorable, lisons plutôt misérable).
    L’homme qui tient ce langage est d’abord un élu national. Il est ensuite un ex-sociétaire de la Majorité présidentielle. C’est à une année seulement de l’échéance du 19 décembre 2016 qu’il a basculé à l’opposition. Christophe Lutundula est donc comptable du bilan de la famille politique à laquelle il a appartenu jusqu’à il y a un an à peu près. Se plaindre subtilement du peuple au motif qu’il n’aurait pas suffisamment conscience de certains réalités n’est ni plus, ni moins qu’un manque de reconnaissance à l’égard des gens dont il saluait pourtant la maturité jusque-là.
    Dans les deux cas – Félix Antoine Tshilombo pour l’Udps et Christophe Lutundula pour le G7 – l’évidence est que ni l’un ni l’autre ne sont jusque-là livrés à une immersion véritable dans le Congolais lambda. Autrement, en reconnaissant aujourd’hui que les opérations « journée ville morte » ne sont que des dés pipés, ils ont pris conscience, eux, du fait de ne pas être en osmose avec le peuple. Car, être en osmose veut dire trouver des solutions aux problèmes qui se posent à la société sans nécessairement être au gouvernement ! Ce n’est pas parce qu’on est de l’opposition qu’on ne peut pas, au travers d’une fondation ou d’une ONG, aménager une fontaine publique à Kabeya Kamwanga où à Katako-Kombe !
    Quand on sait que la femme congolaise sort de chez elle à 4h00 du matin pour s’en aller chercher du pain à vendre la journée afin de nourrir sa famille le soir, vivre en osmose ne veut pas dire lui infliger une journée «ville morte». Même si elle se rattrape à 10h00, elle n’aura plus sa clientèle du matin. Et elle perd toute la journée. Pendant qu’on se félicite sur Bbc ou sur Tv 5 de la réussite de la manif, cette femme, une électrice, pleure.
    Malheureusement, depuis 1990 – année du déclenchement du processus démocratique – l’opposition radicale s’obstine à actionner le même modus operandi consistant à accentuer la paupérisation pour en espérer le soulèvement populaire.
    Comble d’ironie : le G7 – dont la plupart des membres sont doublés d’hommes d’affaires – met ses gros moyens non pas à l’absorption même minimale des effets de cette paupérisation – mais plutôt pour en rajouter !
    Débat en interne
    Le deal conclu à Paris le 10 décembre 2015 entre Félix Antoine Tshilombo et Moïse Katumbi a fait du mal au pays et le lobbying en international dont Moïse Katumbi – sur fond non pas d’idée mais d’argent – a sérieusement entamé la foi des Congolais en eux-mêmes » d’autant plus que «Ce lobbying a même fait pire : en amont, il a séparé l’Eglise congolaise tandis qu’en aval, il a corrompu une bonne frange de la jeunesse congolaise via des ‘mouvements pro-démocratie.
    Après avoir fait bloquer les pourparlers Mp-Udps », Félix Antoine Tshilombo et Moïse Katumbi «ont fait rater le Dialogue de la Cité de l’Union africaine et compliquer les Négociations de la Cenco…», et encore, au moment où l’Udps/Limete s’apprête à organiser son congrès de normalisation, la question prioritaire est de savoir ce que le parti d’Etienne Tshisekedi a réellement gagné du rapprochement avec le G7 de Katumbi étant donné que l’Udps a énormément perdu : mort de son président, scission au sein de la famille politique et de la famille biologique, dilution du leadership dans l’Opposition…».
    Le bide de la manif du 19 décembre 2017 suscite un débat en interne. Car, l’échec de ce qui devrait être la plus grande démonstration de force de l’année a pour conséquence de liquider le schéma d’une «Transition Sans Kabila»…
    Omer Nsongo die Lema avec Le Maximum

    Pas de commentaire