TRANSITION SANS PRESIDENT ELU : C’est dans quelle Constitution ?

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Félix Tshisekedi Tshilombo

Terribles empoignades en vue autour du fameux « vide juridique » sur base des articles 70 et 75 : le G7 et la Dynamique de l’opposition trouvent désormais en Léon Kengo wa Dondo, le Président intérimaire indiqué, tandis que l’Udps le voit plutôt en la personne d’Etienne Tshisekedi…
A force de tout ramener à la Constitution, l’opposition radicale se fait continuellement et éternellement rattraper. La preuve : la dernière initiative en date exprimée par le député Lumeya (qui l’aurait apprise d’un diplomate en poste à Kinshasa !), récupérée par Félix Tshisekedi pour sa sortie médiatique dans le site web du journal Le Monde. Pourtant, lorsqu’elle en appelle à une « tripartite Céni-Majorité-Opposition » ou à des « négociations entre acteurs politiques majeurs » – excluant la Société civile – cette frange de l’opposition sait pertinemment bien que ses initiatives ne sont fondées sur aucune disposition de la Constitution. D’ailleurs, la Transition escomptée de la fin du mandat quinquennal de Joseph Kabila le 19 ou le 20 décembre 2016 n’a aucun lien avéré avec la Constitution. Elle était la première à le démontrer…
L’article a pour titre « RD Congo : Félix Tshisekedi pour une transition sans Joseph Kabila ». Il est signé par Habibou Bangré, et a été mis en ligne le 17 mars 2016 à 19h22. L’auteur écrit : « Le report de la présidentielle de novembre semble inévitable. Côté majorité comme opposition, on est d’accord sur le fond : il faut éviter des troubles meurtriers, comme les manifestations de janvier 2015. Pour y parvenir, l’idée d’une transition est évoquée dans les deux camps mais les similitudes s’arrêtent là : sur la forme, les divergences sont aiguës. L’article 70 de la constitution stipule que, ‘à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu. L’article 75, lui, indique que le président du Sénat assure l’intérim ‘en cas de vacance pour cause de décès, de démission ou pour toute autre cause d’empêchement définitif’».
Reprenant la position de Tryphon Kin kiey Mulumba selon laquelle « Il est ‘clair comme de l’eau de roche’ que le ‘vide du pouvoir’ est impossible», Habibou Bangré, dans l’intertitre « Haute trahison », relève au sujet du Président Joseph Kabila qu’« À l’inverse, l’opposition juge qu’en restant en place, il se rendrait coupable de ‘haute trahison’. Alors il faudrait une ‘transition (…) destinée à préparer de bonnes élections’ mais qui ‘devra se dérouler sans lui’, explique Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi et cadre de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
Et Floribert Anzuluni, fils de son père mobutiste et coordonnateur du Front citoyen 2016, de renchérir, en brandissant l’article 64 : «C’est notre position à tous : si Kabila n’organise pas les élections dans les délais, il devra quitter le pouvoir pour haute trahison due à la violation de la Constitution ». Habibou Bangré reprend entièrement les deux alinéas de cet article.
Interprétation politisée des articles 70 et 75
Le 15 mars 2016, date de l’ouverture de la session ordinaire du parlement, Lumeya Dhu Maleghi signe sa rentrée avec un article intitulé «L’Opposition radicale exige un dialogue sans Kabila». L’auteur écrit que : « Le G7 et la Dynamique de l’opposition exigent un dialogue sans le président Kabila. A l’occasion de la rentrée parlementaire, l’opposition a appelé le président Kabila à mettre fin au débat en se prononçant clairement sur la fin de son mandat comme l’a fait son homologue angolais, Eduardo Santos. Il doit lancer un signal fort en faisant une déclaration officielle qu’il ne va plus se représenter au-delà 2016 ». Et ajoute : « Aussitôt fait, la Dynamique de l’opposition et le G7 vont tout faire pour qu’il y a ait une rencontre présidée par lui mais pour parler de l’après-Kabila ». Petite curiosité : « A l’opposition, on pense que le dialogue doit se tenir sans le président Joseph Kabila’’, a confirmé un diplomate en poste à Kinshasa ». Naturellement, ni Lumeya, ni l’auteur ne citent ce diplomate. Il a droit à l’anonymat.
En vérité, l’Opposition radicale n’en est pas à sa première initiative pour contrer le forum qui a obtenu un soutien essentiel après celui de l’Union européenne, du Pape François, du Nonce apostolique, de la Cenco et, tout dernièrement, du quartet «Ua-Onu-Ue-Oif» : l’exhortation de Ban ki-moon au Président Kabila d’«entreprendre le Dialogue ».
Pour rappel, l’Opposition radicale a commencé par proposer la «Tripartie Céni-Majorité-Opposition» avant d’y renoncer. Elle a, par la suite, préconisé «les négociations entre acteurs politiques majeurs» avant de se taire sur le sujet. Au lendemain du départ du secrétaire général de l’Onu, elle a diffusé un communiqué commun qui dit avoir souscrit «à la résolution 2211 adoptée par le Conseil de sécurité le 26 mars 2015, particulièrement en ses points 19, 20 et 21» et a rassuré «le Secrétaire Général de l’ONU de tout leur soutien pour sa mise en œuvre». Or, les points 19 et 20 dont question prônent la tenue du dialogue inclusif.
Et voilà que, maintenant, elle se prononce pour une « transition sans Joseph Kabila » tout en s’époumonant et en s’épuisant dans une interprétation politisée des articles 70 et 75 de la Constitution. Elle confirme, de ce fait, l’épithète SDF (lisez Sans Direction Fixe) qui lui colle à la peau depuis le mobutisme décadent.
A l’Udps, Bruno Mavungu réclame le poste de Chef d’Etat intérimaire pour Etienne Tshisekedi, au motif que ce dernier aurait été le vainqueur de l’élection de novembre de 2011. Alors qu’au G7 et à la Dynamique de l’opposition, là où certains revendiquent le même poste pour Léon Kengo, d’autres ouvrent la compétition à tous les candidats potentiels !
Du rififi en l’air, en fait.
LE MAXIMUM AVEC OMER NSONGO DL

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