TERRORISME DE TYPE ADF EN ITURI : Mova dépêché par Kabila à Djugu

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Henri Mova Sakanyi, à l'escale de Kisangani

Aussitôt nommé en remplacement d’Emmanuel Ramazani Shadary à la tête du ministère de l’Intérieur et Sécurité, Henri Mova Sakanyi se rend au front. Le nouveau vice-premier ministre en charge des affaires intérieures et de la sécurité s’est envolé vers Bunia via Kisangani dimanche 4 mars 2018, où des nouvelles tueries et incendies de maisons d’habitations ont eu lieu la nuit de jeudi à vendredi dernier semaine dernière. Les crimes perpétrés dans le groupement de Ndawura en chefferie Bahema-Nord dans le territoire de Djugu auraient fait 34 morts, selon le bilan officiel présenté par le Gouverneur de l’Ituri, Jefferson Abdallah Pene Mbaka. « Ce que nous venons de vivre est vraiment affreux. Parce que nous avons vu 34 morts. Seize enfants, des femmes et cinq hommes, dont le chef du village Maze qui a été tué. Je condamne ce qui vient de se passer dans ce village. Et les assaillants sont venus des villages Lendu de Goba, Tete, de Suni, de Laudjo et de Ladedjo. Ils ont attaqué ce village de quatre coins. Je présente mes condoléances les plus sincères à la population, à tous ceux qui sont éprouvés », a déclaré le gouverneur.
Assaillants venus de villages Lendu ou assaillants Lendu : cî-git le piège tendu aux populations de la province de l’Ituri et, à travers elles, à toute la RD Congo, qui consiste manifestement à embraser de nouveau la région en suscitant des affrontements interethniques fondés sur des atavismes récurrents. Samedi 3 février 2018, des assaillants non encore identifiés en provenance du groupement Ladedjo du secteur Walendu Tatsi avaient attaqué plusieurs villages alentour de la localité de Blukwa à 70 km au nord de Bunia. Bilan, selon des sources de l’église catholique locale : 30 personnes tuées à la machette, 12 blessés et au moins 600 maisons incendiées. Et les horreurs repartaient de plus belle avec, notamment, des déplacements massifs de populations fuyant les atrocités et un risque sérieux de propagation des atrocités à travers la toute récente province de l’Ituri. Dimanche 4 février, une nouvelle attaque ciblant la localité de Radju en groupement Utcha (Bahema Nord) s’était soldée par de nombreuses habitations incendiées.
Un séjour dans la région les 12 et 13 février dernier et des consultations avec les principales couches sociales ituriennes avaient permis à Ramazani Shadary, qui vient d’étrenner son manteau de vice-premier ministre en charge de l’Intérieur et sécurité pour celui de secrétaire permanent du parti au pouvoir, le PPRD, de conclure qu’il ne s’agissait nullement d’affrontements interethniques Hema – Lendu. Pas encore. Les leaders des deux communautés avaient du reste eux-mêmes démenti l’existence d’un quelconque conflit interethnique au regard du mode opératoire utilisé par les assaillants. Un démenti confirmé le 3 mars 2018 par Mgr Dieudonné Uringi, l’évêque catholique de Bunia, qui a dénoncé sans ambages « une instrumentalisation et une manipulation » et affirmé que les tueries de Djugu ne résultaient guère d’un problème intercommunautaire ou d’un conflit ethnique. « Chez nous en Ituri, il n’est pas question de conflit ou de guerre ethnique ou interethnique», a déclaré le prélat devant ses pairs lors de l’assemblée provinciale épiscopale de Kisangani. Ajoutant qu’il y avait, à son avis « des mains invisibles qui manipulent des jeunes équipés de moyens de communication et disposant de sommes d’argent ».
Si le prélat iturien ne sait pas identifier les tueurs de Djugu, l’Ong CEPADHO, active dans la province voisine du Nord-Kivu, n’y va pas par le dos de la cuillère. Dans un communiqué, samedi 3 mars 2018, l’organisation note que le mode opératoire des assaillants ressemble de très près à celui des ADF et se félicite du fait que « les communautés (Hema, Lendu, …) ne soient pas tombées dans le piège des massacreurs qui cherchent à tout prix à les opposer les uns aux autres afin de cacher leur véritable identité … ». « Notre structure réalise qu’il est plus que probable que les instigateurs des massacres en Territoire de Djugu soient connectés à la déstabilisation qui sévit actuellement en Province voisine du Nord-Kivu (…) et redoute une conspiration de la déstabilisation de l’Est de la RDC par des malintentionnés qui veulent partir de l’Ituri et des deux Kivu pour semer la confusion dans le pays », écrit Me Omar Kavota, le Coordonnateur-directeur exécutif du CEPADHO.
J.N.

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