RAPPORT DES EXPERTS DE L’ONU SUR LES KASAI : Plaidoyer pro-domo de la Monusco

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Déplacés kasaiens

L’équipe d’experts internationaux diligentés par le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l’Homme pour enquêter, de concert avec la justice congolaise, sur les crimes à grande échelle perpétrés dans les provinces kasaïennes en 2016 et 2017 a rendu sa copie… aux médias au début de la semaine en cours. Sans rien dire de nouveau sur les tueries perpétrées après la création de la milice ‘Kamwina Nsapu’ dans la région de Tshimbulu au Kasai Central. Les populations des provinces victimes des exactions effroyables dénoncées en la circonstance et l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, sont restées sur leur faim. Autant que l’appareil judiciaire rd congolais qui avait reçu moult promesses de dénonciations plus complètes et mieux élaborées sur les auteurs de ces crimes graves et des crimes contre l’humanité qu’il avait entrepris laborieusement de poursuivre et de réprimer avec des maigres moyens à sa disposition. L’Etat congolais, qui aurait pu tirer des conclusions du rapport d’experts internationaux pour accentuer les poursuites judiciaires et ainsi rétablir son autorité dans la région se retrouve curieusement… au banc des accusés comme dans une fable de mauvais goût. Ainsi fonctionne depuis 1960 au pays de Patrice Lumumba la fameuse « communauté internationale » bienpensante, constituée d’un quarteron de pays anciens colonisateurs de l’Afrique Noire qui n’attendent qu’un prétexte pour tordre le cou aux tendances souverainistes sans cesse affichées par le pouvoir en place à Kinshasa.
Déception partagée … largement
Le compte rendu du rapport de l’Equipe d’Experts Internationaux (EEI) diffusé sur les antennes de la RFI mardi 26 juin 2018 traduit largement la déception suscitée par ces faux « fins limiers », à la manœuvre durant un an et qui ont accouché d’une souris. « L’armée congolaise, la milice Bana Mura, considérée comme un supplétif de l’armée, et la milice Kamuina Nsapu sont renvoyées dos à dos. Toutes sont accusées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », estiment nos confrères de ce média « global » qui donnent l’impression de déplorer que « l’armée et les milices (soient) renvoyées dos à dos ». Comme si leur attente était que le rapport fasse porter le chapeau des exactions commises dans les provinces kasaïennes exclusivement aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) : RFI va même plus loin en déplorant que l’équipe d’experts internationaux ait « commué » l’accusation d’« usage excessif de la force » portées contre les forces loyalistes congolaises en « répression brutale » et qu’elle ait passé sous silence les responsabilités (de ces dernières à l’évidence) relatives aux fosses communes découvertes dans la région.
Kinshasa … déçu
Le rapport des experts onusiens semble avoir également déçu Kinshasa qui entendait en profiter pour frapper durement les responsables de l’insécurité chronique qui a déstabilisé pendant des mois quelques 5 provinces des 26 provinces congolaises, et occasionné d’importants dégâts matériels et en vies humaines, aboutissant par ailleurs à retarder sérieusement le processus électoral de 2016 engagé à grands frais. Pour l’exemple. « Nous attendions la désignation des coupables, quels qu’ils soient et la détermination des responsabilités pour permettre à la justice de poursuivre le travail entamé avec les procès en cours dans la région du Kasai », a assuré au Maximum une source gouvernementale interrogée mardi dernier. Qui exprime sa déception de voir ce rapport sur des crimes contre l’humanité s’abstenir, on ne sait trop pourquoi, d’en désigner nommément les coupables.
Les victimes des atrocités aussi
Les nombreuses victimes innocentes des exactions perpétrées dans les provinces kasaïennes sont, elles aussi, dans tous leurs états, leur soif de justice étant ainsi carrément renvoyée aux calendes grecques par une bureaucratie onusienne politisée à outrance. Aucun de leurs nombreux bourreaux (qu’ils connaissent sans doute et dont ils auraient voulu être protégées) ne figure sur la vingtaine de pages du rapport de l’EEI. Autant sans doute que les auteurs matériels et moraux de l’insurrection Kamwina Nsapu qui espéraient manifestement qu’une certaine communauté internationale volerait au secours de « communautés tribales aux prises avec l’Etat ». Si les rapporteurs onusiens se gardent bien de désigner les tireurs de ficelle de l’insurrection Kamwina Nsapu (ils ne peuvent prétendre ne pas en avoir entendu parler !), ils accusent bel et bien ceux qu’ils qualifient de « rebelles » de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, entre autres.
Poussé dans ses retranchements par nos confrères de la « radio mondiale » mardi 26 juin 2018, Bacre Waky Ndiaye, le président du groupe d’experts onusiens, n’infirme pas la sorte de mise dans le même sac des forces en présence sur le terrain des affrontements dans les Kasai : « Si on dit qu’une armée est responsable de crimes contre l’humanité, c’est fort. Mais cela n’empêche pas de reconnaître que les victimes au Kasaï existent des trois côtés … ». En fait, comme toutes les enquêtes menées sur les problèmes sécuritaires en RD Congo au cours de ces dernières années, celle de l’EEI ne déborde pas des principes qui guident ce type de recherche dont l’objectif n’est vraisemblablement pas de stabiliser et conforter l’autorité ou l’existence d’un Etat digne de ce nom dans ce pays.
Méthodes d’enquête questionnables
Au chapitre des méthodes mises en pratique dans cette enquête sur la région kasaïenne, le rapport publié au début de la semaine est explicite et révèle que « l’EEI a adopté le même niveau de preuve que la majorité des commissions d’enquête internationales et autres missions d’établissement des faits, à savoir des ‘motifs raisonnables de croire’, impliquant l’obtention d’informations concordantes auprès d’au moins deux sources ». Dans ces conditions, on peut se demander à quoi il aura servi de quérir un groupe d’experts dits internationaux qui n’ont fait que reproduire que le même type de rapport dont les activistes politiques dissimulés dans les ONG congolaises et leurs « employeurs-clients » de la Monusco gavent l’opinion depuis plusieurs années ? Au Gouvernement congolais de répondre.
Il a apparaît, en effet, à la lecture de ce rapport dont le lecteur trouvera le texte intégral ci-après, que le principe qui guide les enquêtes onusiennes en RD Congo est toujours le même : justifier la poursuite de la mission onusienne en jetant le discrédit sur les technostructures sécuritaires et de défense du territoire national. « Le trait caractéristique des rapports onusiens sur les questions des droits de l’homme consiste dans le traitement sur le même pied d’égalité des FARDC (qui constituent tout de même la seule institution à avoir le droit d’user de la force armée dans le pays) et les forces terroristes, qualifiés ici par un curieux euphémisme de rebelles ou autres mouvements insurrectionnels », note ce chercheur en droit international de l’Université de Kinshasa. C’est ce qu’ont fait les trois enquêteurs internationaux dépêchés par le Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme dans les provinces kasaïennes. Le rapport publié au début de la semaine est truffé d’affirmations dont on peut s’interroger sur la valeur scientifique réelle, comme celle qui soutient que « la RDC n’a toujours pas réussi à former une armée professionnelle et bien organisée. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) continuent de commettre fréquemment de graves violations des droits de l’homme contre la population civile et de vivre à ses dépens ».
Principes contestables
Surtout lorsqu’elle tombe comme un véritable cheveu dans la soupe parmi les prémisses d’un rapport qui relate des faits d’où il ne se dégage nulle part que les forces de défense et de sécurité rd congolaises aient jamais prises la moindre initiative d’attaque même contre les rebelles Kamwina Nsapu ou les populations civiles, se limitant à répondre à des agressions terroristes ciblant ces dernières.
En effet, à l’origine du déclenchement des hostilités dans les provinces kasaïennes se trouve la milice Kamwina Nsapu, reconnaît l’EEI : « à partir de juin 2016, la milice Kamuina Nsapu a érigé des barrières autour du village Kamuina Nsapu pour contrôler la circulation des policiers, militaires ou d’autres agents de l’Etat. Le 22 juillet 2016, une première attaque a été lancée contre les symboles de l’Etat menant à la destruction du sous-commissariat de police du village de Mfuamba. Le lendemain, le village du chef coutumier Ntenda en conflit avec le chef coutumier Kamuina Nsapu a été attaqué. C’est la première attaque meurtrière perpétrée par la milice et le bilan fait état d’au moins six morts, quatre blessés par balle, et plus d’une centaine de maisons incendiées », écrivent les experts qui décrivent l’expansion territoriale du mouvement insurrectionnel jalonnée d’atrocités d’une rare cruauté commises par « les insurgés » que dans tout autre pays on aurait qualifié de terroristes. Dans toutes les localités affectées par le phénomène Kamwina Nsapu, l’armée n’est intervenue qu’après, pour déloger les insurgés et rétablir l’ordre, par la force de feu, certes. On peut donc se demander à qui profite le fait de discréditer de manière aussi systématique les forces de défense du territoire national si ce n’est aux forces onusiennes dont le « professionnalisme » semble s’apprécier au Congo-Kinshasa à l’aune de leurs capacités à cohabiter presque amicalement avec des forces destructrices de toute autorité de l’Etat ?
Discrédit permanent sur les technostructures de défense nationale
La volonté de discréditer l’armée rd congolaise apparaît plus nettement encore dans l’examen du crime de guerre que constitue l’enrôlement d’enfants par les groupes armés. Or, il est avéré que les forces de sécurité et de défense de la RD Congo ne se sont pas rendues coupables de conscription d’enfants depuis l’épopée des « Kadogos » dans les années ’97-2000, c’est-à-dire il y a bientôt une vingtaine d’années. Cela, de nombreux rapports onusiens qui font état de la collaboration exemplaire des FARDC dans l’éradication de ce phénomène en attestent. En ce compris sur le terrain des opérations militaires dans les provinces kasaïennes.
Pourtant, « les violences ont particulièrement affecté les enfants du Kasaï, écrivent les rapporteurs de l’EEI. Ces derniers ont en effet été à la fois les principales victimes et acteurs des violences. L’UNICEF a dénombré 1220 garçons et 658 filles recrutés et utilisés par la milice Kamuina Nsapu au 30 août 2017. L’EEI estime que leur nombre est beaucoup plus élevé et que le recrutement continue. Beaucoup d’enfants ont été enlevés, blessés, mutilés, détenus ou exécutés. Certains ont vu leurs parents battus, décapités ou leurs mères violées. Beaucoup d’entre eux ont été forcés de combattre, placés en première ligne sans armes ou avec des armes factices, des couteaux et parfois des fusils traditionnels. Ils ont été forcés à tuer et décapiter ». Mais également, que « l’UNICEF estime que depuis le début de la crise au Kasaï 416 écoles et 224 centres de santé ont été pillés ou détruits. Les écoles et autres lieux d’enseignements constituaient des cibles privilégiées de la milice Kamuina Nsapu ». Sur cet aspect des crimes commis dans les provinces kasaïennes, il est indéniable que les forces de sécurité et de défense de la RD Congo n’ont objectivement aucune responsabilité. Mais le rapport onusien s’abstient délibérément de le reconnaître. Juste pour ne pas aller à l’encontre du principe de base qui guide les enquêtes onusiennes en RD Congo, qui consiste avant tout à discréditer les institutions nationales de ce pays dans le but de justifier, par ricochet, la poursuite de la mission onusienne présente en République Démocratique du Congo depuis 1999.
Le rapport publié par l’EEI apparaît à cet égard comme un véritable plaidoyer pro domo de cette Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo qui a décidé de faire son beurre sur l’instabilité de ce pays fragile. Le lecteur en lira le texte intégral ci-après.
J.N.
RAPPORT DE 2

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