PRIORITES DE L’ACTION PRESIDENTIELLE : Fatshi contre la corruption

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Le président de la République, le 2 mars à Kinshasa

Le quinquennat du nouveau président de la RD Congo, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi, sera marqué notamment par une lutte acharnée contre la corruption. Sur ce fléau qui mine la vie économique et sociale du pays, le nouveau chef de l’Etat est revenu à chacune de ses prestations publiques. A l’occasion de la cérémonie de présentation de son programme d’urgence pour les 100 premiers jours de son mandat à la tête de l’Etat, samedi 2 mars 2019, il a remis une couche en promettant de « … veiller à ce que la justice soit administrée par des personnes intègres et aux valeurs éthiques irréprochables ». Mais pas seulement. Le 5ème président de la RD Congo a promis de redynamiser l’appareil judiciaire et d’autres structures ad hoc. En procédant à la création d’une structure de lutte contre la corruption et le blanchiment des fraudes fiscales. Il semble donc clair que dans l’entendement du chef de l’Etat, la justice constituera un pilier important de cette lutte contre la corruption, mais, c’est connu de tous, comme toutes les sphères de la vie nationale, le secteur judiciaire est l’un des plus gangrenés par le fléau corrupteur. Il suffit de tendre l’oreille vers les multiples procédures en contestation des derniers résultats électoraux, par exemple, pour s’en rendre compte. La tâche qui attend les nouvelles autorités rd congolaises est d’une rare immensité. Le mal plonge ses racines au plus profond du tissu social national, et plusieurs observateurs se demandent si un quinquennat suffirait à le juguler.
Corruption multiforme
En RD Congo, et sans doute dans beaucoup d’autres Etats du monde, la corruption est multiforme. Elle va du pot de vin anodin pour obtenir un service à l’achat de conscience le plus vil dans les différentes sphères de l’appareil d’Etat. Ces derniers jours, plaintes et jérémiades se multiplient autour de l’élection au second degré des sénateurs et des gouverneurs des provinces. Les députés provinciaux élus au premier degré en décembre dernier et qui doivent à leur tour élire les sénateurs et les gouverneurs sont soupçonnés et accusés, à tort ou à raison, de vendre leurs voix aux plus offrants. L’affaire fait tintamarre depuis notamment que quelques candidats sénateurs indépendants ayant pignon sur rue ont annoncé, avec tambours et trompettes, leurs renonciations à participer à ces élections en raison des exigences de ces grands électeurs.
La délicatesse de la tâche que s’assigne le nouveau pouvoir rd congolais n’en apparaît que mieux dans cette affaire de corruption ou de corruptibilité des députés provinciaux. On ne voit pas encore très bien par quel bout les autorités vont la prendre, les tractations entre corrompus et corrupteurs demeurant aussi secrètes que le vote lui-même. Il est très difficile, voire impossible de prouver les assertions de corruption avancées avec entrain ici et là.
Double impact
Encore qu’il convienne, dans ce dossier relatif à la corruptibilité des députés provinciaux, de ne pas perdre de vue le double impact du fait corrupteur qui vise à la fois l’individu corrompu et l’institution, sénat ou exécutif provincial. En postulant à un siège au sénat sans appartenir au parti ou regroupement politique majoritaire dans le corps électoral, donc susceptible de soutenir légitimement leurs ambitions en conformité avec les objectifs ou l’orientation idéologique de ces entités, les candidats indépendants, corrupteurs potentiels, ne peuvent que tabler sur une sorte de « trahison » de ces idéaux et objectifs pourtant bien connus de tous et notamment des députés provinciaux qualifiés de corruptibles. Ce faisant, les candidats indépendants ne se placent-ils pas eux-mêmes dans la position d’agents corrupteurs de l’institution sénat ou des exécutifs provinciaux qui, de ce fait subissent une altération au détriment de la volonté des électeurs dont les votes avaient décidé de la configuration des assemblées provinciales en décembre dernier.
En dénonçant le penchant des députés provinciaux à se faire corrompre en février dernier, les candidats indépendants Adam Bombole, Vidiye Tshimanga (tous proches de l’UDPS/T) ainsi que d’autres candidats plus discrets sur la question mais qui n’en sont pas moins actifs sur le terrain se gardent de dénoncer leur propre tendance à cette sorte de détournement des consciences des élus et à la corruption institutionnelle que cela induit. Un sénat composé de sénateurs élus par des députés provinciaux de formations politiques autres que les leurs ne peut être considéré que comme un sénat corrompu, se dit-on. « Pas de lutte anti-corruption sans un changement préalable des mentalités », tranche sur le sujet des observateurs peu optimistes au regard de l’immensité et de la complexité de la tâche que s’est assigné Fatshi.
Prétendus défenseurs des droits humains
Il faut, en effet, également ranger au rang des corrompus et corrupteurs d’institutions établies nombre d’organisations dites d’alerte, de défense des droits humains et tutti quanti qui ont essaimé ces dernières années dans la plupart des Etats du continent africain. Financées par des organisations étrangères et internationales dont elles ne révèlent que très rarement l’identité, la plupart de ces ONG s’occupent en réalité de perturber le fonctionnement des institutions nationales, voire, de les corrompre carrément. A l’instar de ces jeunes de la Lucha qui ont perturbé la séance plénière de l’assemblée provinciale de la ville-province de Kinshasa, mercredi 6 mars 2019, dans le but d’obtenir le retrait de certains candidats gouverneurs de province des listes de vote, « on ne sait sur base de quel droit », ainsi que s’interrogeait un élu local interrogé par les rédactions du Maximum. Cette intrusion dans un processus électoral au second degré pour la désignation d’un exécutif provincial est, pour ce député, une façon insidieuse et odieuse d’influencer les votes des élus provinciaux et constitue donc aussi « une façon comme une autre de corrompre le jeu et les règles de la compétition démocratique par une sorte de dictature de la rue qui ne dit pas son nom ». Un point de vue partagé par un spécialiste de droit public de l’Université de Kinshasa.
Encore que la corruption des individus et ses implications sur les institutions du pays ne limitent pas la liste extrêmement fournie des modes d’avilissement que Félix Tshilombo Tshisekedi entend combattre. En quelques semaines d’exercice du pouvoir, le président de la République Démocratique du Congo a fait preuve d’attentions particulières envers les éléments des forces armées de la RDC et de la police nationale congolaise. Outre les soins médicaux qu’il a décidé d’assurer aux hommes de troupes et à leurs familles dès les 100 premiers jours de son mandat présidentiel, le président, qui est en même temps le commandant suprême de ces forces, s’est montré préoccupé par l’encadrement et l’avenir des enfants des soldats, à Kinshasa dans un premier temps. Les observateurs s’attendent à voir Fatshi prendre à bras le corps, dans un délai plus ou moins court, les autres problèmes sociaux qui assaillent cette catégorie de concitoyens œuvrant sous le drapeau. Une montagne imprenable, selon les experts ès questions militaires s’exprimant sous le sceau de l’anonymat.
La ration en mode surgelés
Il suffit d’aborder la question par l’angle de la ration attribuée aux militaires et aux policiers par exemple. Qui se chiffre à des millions USD de crédits budgétaires sans donner la satisfaction voulue en raison d’une corruption institutionnalisée qui a travesti la ration militaire en produits surgelés en lieu et place des produits secs (poissons salés et fumés, haricots … ) d’antan. « Imaginez la valeur de la commande de produits surgelés pour une armée de plus de cent mille hommes. Les entreprises bénéficiaires font tout pour que nul ne songe à procurer des denrées plus faciles à conserver pour des hommes de troupes dont la plupart de disposent même pas de congélateurs. C’est une affaire de gros sous », explique ce cadre civil de l’armée, plutôt démoralisé.
La réalité est là, qui requiert autant une parfaite connaissance des dossiers qu’une ferme volonté susceptible de faire bouger les lignes : « point n’est besoin d’acheter du chinchard et du poulet surgelé pour des soldats en garnison à Ngandajika dans la province de la Lomami par exemple. Pourtant, c’est ce qui se fait chaque fin d’année en RD Congo », explique-t-on.
Des exemples, tristement célèbres, sont légions. Au chapitre de la lutte anti-corruption, Félix Antoine Tshisekedi a du pain sur la planche car il se dresse devant une véritable hydre à mille têtes.
J.N.

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