MACHINE A VOTER, ENROLES SANS EMPREINTES : Prétextes pour un nouveau dialogue politicien

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Réunion du Cadre de concertations, mercredi 10 octobre

C’est Néhémie Mwilanya, ci-devant directeur de cabinet du Président de la République et chef de la délégation du Front Commun pour le Congo (FCC) à la réunion avec la délégation du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui l’avait affirmé le week-end dernier à Kinshasa qui l’a affirmé. «« Au sujet de la machine à voter, personne n’a donné une explication plausible sur la mauvaise campagne de cet outil de vote. Ceux qui la rejettent, ce sont ceux-là qui ne veulent pas aller aux élections », a-t-il dit à la presse samedi 6 octobre 2018 à Kinshasa. La suite des événements, particulièrement ceux qui ont entouré les réunions de concertations entre la CENI et les candidats à la présidentielle de décembre prochain semble de nature à lui donner raison. Ce ne sont pas tant de probables problèmes technologiques autour de la machine à voter, ni les 16,6 % d’enrôlés sans empreintes digitales qui font problème, mais le processus électoral lui-même, qui est récusé à moins de 3 mois de son point culminant le 23 décembre prochain.
Les conditions posées par les candidats à la présidentielle, tout au moins certains parmi eux, dans un mémorandum présenté à la délégation du Conseil de sécurité l’illustrent : il s’agit ni plus ni moins un appel à un nouveau dialogue qui définisse les conditions d’une nouvelle période de transition avant d’aller aux urnes. La délégation de l’opposition a avancé 9 propositions : l’abandon par la CENI de la machine à voter ; le nettoyage du fichier électoral (extraction de plus de 10 millions d’enrôlés sans empreintes) ; la mise en place immédiate des mesures de décrispation politique, dont la libération des prisonniers politiques et le rapatriement de la dépouille de feu Etienne Tshisekedi ; la participation effective des candidats exclus ou invalidés pour des raisons politiques ; l’accréditation et le déploiement effectif des observateurs de l’ONU, de l’UA, de l’OIF, et de la SADC ; l’appui financier, matériel et logistique de l’ONU, de l’UA, de l’UE, de la SADC et de la CIRGL ; le déploiement d’une force régionale pour sécuriser le processus électoral, les candidats et les populations ; la participation effective de la MONUSCO à l’ensemble du processus électoral ; la restructuration et l’audit de la CENI en procédant au remplacement du Rapporteur Kalamba par un délégué de l’UDPS.
Revendications irréalistes
Selon certains observateurs avisés de l’arène politique rd congolaise, il s’agit, avec ces revendications totalement irréalistes, d’une table rase générale qui touche jusqu’à l’architecture juridique de la RD Congo en tant qu’Etat indépendant et souverain. Même les délégués du Conseil de sécurité qui ont reçu le mémorandum opposant se sont bien gardés de lui donner la moindre suite en se contentant d’appeler à davantage de consensus autour de la machine à voter.
Sur le dossier Jean-Pierre Kalamba, l’opinion sait depuis qu’une source autorisée parmi les opposants l’a publiquement déclaré, que le dossier est interne à l’UDPS elle-même. Au cours d’une intervention sur une radio à Kinshasa, Eve Bazaiba du MLC avait expliqué que le remplacement du rapporteur de la CENI posait problème entre les députés exclus de l’UDPS, qu’il représente au sein de l’administration électorale, et Félix Tshisekedi, élu président du parti il y a peu, qui ne dispose pas parmi ces élus de la majorité requise pour exiger le retrait de Kalamba de la CENI.
Table rase institutionnel
L’accréditation des observateurs internationaux, le déploiement d’une force militaire régionale, la participation de la MONUSCO au processus électoral (encore que 200 experts de la mission onusienne assurent une collaboration permanente à la CENI depuis le lancement du processus électoral) sont des questions de souveraineté qui relèvent du gouvernement de la République. En posant des telles conditions, les opposants reviennent à la remise en question de la légitimité et de la légalité du pouvoir de Joseph Kabila, déjà réglée conformément à la constitution par les différents dialogues politiques, y compris le tout dernier, celui dit du Centre interdiocésain de Kinshasa. Y revenir, c’est appeler des nouvelles discussions politiques, un nouveau dialogue.
De même que la proposition relative à la participation effective aux prochaines élections des candidats prétendument éliminés pour des raisons politiques. Il s’agit ni plus ni moins de la récusation des décisions de la Cour constitutionnelle réputés irrévocables et opposables à tous. Impossible d’y toucher sans bousculer l’ensemble de l’architecture institutionnelle du pays et à la constitution elle-même, on ne sait au nom de quel principe ou sur la base de quelle légitimité.
Le rejet de la machine à voter sans autre forme d’argument que l’obscure hostilité de certains candidats à la présidentielle, l’exclusion des enrôlés sans empreintes digitales même si personne ne peut prouver qu’il s’agit d’enrôlés fictifs, ainsi que la fameuse décrispation politique décidément surabondante compte tenu de la proposition exigeant la réintégration des candidats exclus de la présidentielle par la Cour Constitutionnelle, baignent dans la même sauce de rétropédalage intégral. Ce sont les lois en vigueur au pays qui les justifient. Nul n’y peut rien, à moins de faire table également de toute l’architecture juridictionnel qui fonde l’Etat rd congolais. C’est de l’anarchisme, cette autre face de l’appel à une nouvelle période de transition aux contours connus de ses seuls instigateurs.
J.N.

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