LU QUELQUE PART : Le tragique dans l’histoire de la décolonisation

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Kongokonferenz 1884 / Franz.Karikatur Kongokonferenz, Berlin, 15.November 1884 bis 26. Februar 1885. - 'Jedem sein Teil'. - Franzoesische Karikatur auf Bismarck, der Afrika als Kuchen verteilt. Holzstich. Aus: L'Illustration, 1885/I. E: Congo Conference 1884/ French caricature Congo Conference, Berlin, 15 Novmember 1884 to 26 February 1885. - 'Everyone gets his share.' - French caricature of Bismarck, dividing Africa like a cake. Wood engraving. From: L'Illustration, 1885/I.

Le combat pour l’indépendance a été mené par un groupuscule d’individus  » privilégiés » des villes qu’on appelait les « évolués ». La quasi-totalité des autres colonisés n’en avaient cure.
Mais entre un frère (de peau) et un occupant, le choix fut clair.
Rapidement, des évolués qui voulaient vivre comme les blancs sont des devenus les maîtres à la place des blancs. Une fois au pouvoir, ils se sont plus préoccupés de démontrer comment ils pouvaient vivre comme les blancs sans les blancs, que comment ils pouvaient faire pour vivre différemment des blancs avec les blancs.
Rapidement, ils ont compris que les sociétés africaines telles que construites par les blancs ne pouvaient pas fonctionner sans les blancs.
Au milieu des années 70, Mobutu (comme tous les dirigeants d’Afrique noire) semble s’étonner à la tribune de l’ONU qu’en réalité ce que les noirs considèrent comme richesses ne sont richesses que selon la valeur que leur accordent les blancs qui sont les seuls et uniques clients, alors que les noirs ne sont pas les uniques fournisseurs.
La colonisation fabriquait des richesses pour enrichir les métropoles, voilà que la décolonisation se mit à fabriquer les richesses pour enrichir les anciens colons… Absurde. C’est Mobutu qui va le dire en termes plus clairs : << Les pauvres des pays pauvres sont en train d’enrichir les riches des pays riches>>.C’était en fait le but de la Colonisation. Les Africanistes ont appelé cela le Néocolonialisme.
Que faire ?
La quasi-totalité des populations qui n’avaient cure de l’indépendance dans laquelle ils voyaient un malin piège. Eux, ils crèvent de faim, alors que les évolués bouffent tous seuls, comme des blancs… Ils ne sont même pas blancs comme coton, pourtant.
Les militaires sont fâchés, les jeunes sont fâchés, les fonctionnaires sont fâchés, les cultivateurs sont fâchés … et tous viennent en ville pour devenir « évolués ». Même si tout le monde ne peut devenir « évolué ». Les jeunes se révoltent. Les militaires tirent sur les évolués. La révolution arrive. Il advient des gens armés au pouvoir.
Partout les présidents ne sont plus des « Monsieur » mais des « Lieutenant », des « Colonel », des « Général ».
L’ère des dictatures militaires.
Rapidement, les militaires constatent ce que les évolués avaient eux-mêmes constaté avant eux. Il n’y a pas assez à manger pour tout le monde.
Les militaires sont naturellement des gens obstinés, pragmatiques, mais rarement fins. Ils veulent faire la différence. Ils se tournent vers les blancs pour  » renégocier » les termes du contrat. Les blancs leurs disent : << Vous avez besoin d’argent ? On peut vous en prêter>>. Ils acceptent et le dilapident en grands travaux pour  » faire la différence » avec les évolués qui mangeaient tous seuls.
Ils ont oublié l’autre partie du discours des blancs : remboursements, taux d’intérêts … Ils se retrouvent devant un dilemme encore pire : Ils vendent leur richesse à leur prêteur qui en retour les paie avec l’argent de la vente… Absurde.
La quasi-totalité de la population qui n’en avait cure de la décolonisation, qui a quitté le village pour évoluer en ville, s’appauvrit encore plus, et pire, n’a plus rien à manger… Elle se demande ou est partie toute la nourriture et les bonnes choses qu’il y avait en ville. Ignorant que c’est elle qui les produisait, et que maintenant qu’elle est là, plus personne ne la produit.
Voilà comment sont arrivés les Pakistanais, les Indiens et les Libanais, qui vendent toutes ces choses que plus personne ne produit.
Entre temps, les « évolués » sont devenus des opposants. Fonctionnaires, enseignants, intellectuels clochardisés sans le vouloir par les militaires, chuchotent aux oreilles de la population qui n’en avait rien à foutre de la décolonisation : << Les militaires sont encore pire que nous, ils doivent partir>> Bémol ? Les militaires ont des armes… Rébellion, matages de rébellions, marches, démarches, morts civiles …
Au début des années ’90, on crie « démocratisation ». Ou mieux, « redémocratisons ». On se rue dans des conférences pour le  » Partage équilibré du pouvoir » et « de gouvernements de large union nationale »,  » des accords inclusifs »
Les militaires abandonnent les treillis au profit des costumes trois-pièces … En cachette, les «évolués » ramassent les armes et les mettent au frais.
La quasi-totalité de la population qui n’en avait rien à foutre de la décolonisation est devenue le juge entre les deux protagonistes. Mais en vérité, ni les uns ni les autres ne veulent vraiment concéder  » à la rue » le vrai pouvoir. Donc on stagne, on tergiverse, on organise des semblants d’élections….
Les militaires trichent, mais ils ne sont plus les seuls armés. Les évolués attaquent, mais ne sont pas très forts dans l’art de la guerre et des tueries, ils tirent sur tout le monde. Les militaires deviennent les victimes, les « évolués » les bourreaux. Ou vice-versa
La quasi-totalité de la population qui n’avait rien à foutre de la décolonisation se retrouve flouée, accrochée à son poste de récepteur radio, à suivre les infos pour comprendre… Mais elle n’y comprend rien. Elle vend son lopin de terre à un militaire ou à un « évolué ». Achète un passeport, et s’en va retrouver le blanc, cette fois-ci chez le blanc ! Elle redevient donc ouvrier du blanc et recommence sa vie paisible de jadis sous la colonisation, au service de « Missié » et « Mdame ».
Nous en sommes toujours là !
B. DIYONGA E.

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