L’OPPOSITION CHEZ BWANA DIDIER : Candidature unique impossible

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Leaders opposants à Bruxelles : chacun pour soi, Dieu pour tous

Des manches de costume de Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe, Félix Tshilombo Tshisekedi, Adolphe Muzito et Antipas Mbusa, il n’aura pas été possible, le 12 septembre 2018, de sortir le candidat unique de l’opposition à la présidentielle de décembre 2018. Qui se tient dans quelque trois mois, donc. Pas du tout.
La seule chose sur laquelle se sont convenus ces leaders de l’opposition conviés à Bruxelles par l’entregent des néo-libéraux au pouvoir en Belgique, pour « regarder dans la même direction », aura été de regarder vers un éventuel report des scrutins et un nouveau dialogue politique.
C’est la quintessence des revendications couchées dans la déclaration signée des 6 mousquetaires de Didier Reynders, le vice-premier ministre et ministre belge des affaires étrangères, encore une fois à la manette contre Kinshasa. Le rejet de la machine à voter, qui n’est pas rejetable sans refaire totalement le calendrier électoral et donc débattre de la gestion politique de la période pré-électorale. C’est la porte ouverte sur une nouvelle période de transition-glissement à laquelle les mêmes acteurs politiques s’étaient déclarés opposés farouchement il y a seulement quelques années. Mais aussi le pseudo-problème d’électeurs sans empreintes digitales qu’il aurait fallu élaguer des listes électorales contrairement au prescrit de la loi, qui laisse ouverte la possibilité de leur radiation des mêmes listes s’il est avéré qu’ils sont effectivement des fictifs (avec possibilité de poursuites judiciaires contre eux, du reste). Derrière l’argument des enrôlés fictifs se glisse un révisionnisme juridique qui ne dit pas son nom, et qui est susceptible d’ébranler tout l’édifice de la légalité en RD Congo. Encore une porte ouverte … sur l’arbitraire général celle-là, qui arrangerait les tenants de la thèse d’une nouvelle période de transition sans fondement légal, la fameuse transition sans Kabila dans un Etat délesté de sa loi fondamentale.
Dans l’ensemble, c’est une remise à plat que prône les leaders de l’opposition conviés à Bruxelles faute de pouvoir se convenir d’une candidature unique impossible. Le communiqué signé par le groupe de 6 traduit cette absence criarde de consensus sur la fédération des forces politiques de l’opposition derrière un candidat. C’est une superposition, les unes sur les autres, des prétentions des 6 égo qui se sont faits face mercredi dernier dans la capitale belge : la candidature pourtant désormais impossible, de Moïse Katumbi à la prochaine présidentielle est encore stigmatisée par le communiqué de Bruxelles, tout autant que ceux des candidats invalidés par la cour constitutionnelle, Jean-Pierre Bemba et Adolphe Muzito, qu’il faut revalider. Les candidats encore en course à la présidentielle, Vital Kamerhe et Félix Tshilombo s’en tirent avec un passage relatif aux conditions de transparence et d’équité électorale, du reste non avérées. A Bruxelles, c’était chacun pour soi Dieu pour tous.
En réalité, tous dans l’opposition s’épient et épient le processus électoral. Au pays, Vital Kamerhe et Félix Tshilombo assurent leurs bases électorales respectives de leurs ambitions de présidentiables. Dans un communiqué le 9 septembre 2018, peu avant de s’envoler vers Bruxelles, le président de l’UNC dénonçait la méfiance grandissante de plusieurs congolais envers son parti, et assurait à ses partisans que « … en tant que parti politique et ayant les ambitions de gouverner ce pays sans faire de l’opposition une carrière, entend prendre des grandes actions pour prendre le leadership de l’opposition (…) et appelle tous ses membres sympathisants et actifs à s’approprier ce combat … ». Le communiqué est signé de … VK en personne.
Félix Tshilombo, l’autre leader opposant encore en course pour la même présidentielle, avait lui, dans une adresse à ses partisans à l’occasion du lancement d’une campagne de cotisation en vue de la campagne électorale, carrément appelé les candidats invalidés à soutenir… sa candidature à la présidentielle. L’UDPS leur en revaudrait dès qu’elle serait aux affaires l’an prochain.
A Bruxelles, les deux candidats ont crié avec les loups, comme on dit, tout en demeurant chacun fermement engagé dans le processus électoral en cours au pays. Reste à les départager en optant pour l’un au détriment de l’autre. Une autre paire de manches.
J.N.

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