LIBRE OPINION OU OPINION DEPENDANTE ? : Des médias Congolais contre l’indépendance … de la CENI

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Les quotidiens et journaux de la presse kinoise.

L’indépendance logistique de la CENI dans l’organisation des élections de décembre prochain, confirmée par Corneille Nangaa Yobeluo, le patron de l’administration électorale rd congolaise, mardi 14 août 2018 aux patrons des médias à Kinshasa déplaît fort à certains de ses compatriotes. Pinces sans rires. Qu’une commission électorale nationale réputée indépendante aux termes de la constitution du pays, parce qu’elle n’en demeurait pas moins dépendante de « partenaires extérieurs » qui lui assuraient financements et logistiques, acquiert un surcroit d’autonomie, plonge quelques médias réputés « nationaux » dans une rage désespérée. Ça se passe comme si des médias Français (ou Belges) se montraient déçus d’un surcroît d’affranchissement de leur pays des tous puissants Etats-Unis d’Amérique. Ou, plus clairement encore, cela se passe comme si les médias Américains se désolaient des récents votes intervenus au Congrès (parlement) pour alourdir les peines devant être infligées à quiconque, personne physique ou morale, aura osé interférer, ou facilité une interférence étrangère dans le processus du choix de ses élus par le peuple Américain.
Une telle attitude, inimaginable dans une nation digne de ce nom, est pourtant courante en République Démocratique du Congo. Le pays de Patrice-Emery Lumumba et Mzee Laurent-Désiré Kabila doit sans doute à la longue période de colonisation et au demi-siècle de dictature marqué par la confiscation de toute liberté d’opinion et d’expression qui l’a suivi, cette forme de veulerie et d’apatridie médiatique. A leurs libéralisations à la fin des années ’80, les libertés d’expression et d’opinion longtemps muselées ont cru trouver le salut éternel dans la dénonciation du seul pouvoir de l’Etat national. Quel qu’il soit. « Le journalisme est antiétatique ou ne l’est pas » ; « L’information accroche lorsqu’elle dénonce » … tels sont quelques-uns des principes qui gouvernent l’exercice de la profession de journaliste dans ce pays (consciemment ou inconsciemment), et sur lesquels on ne s’interroge peut-être pas assez ni souvent. Et ça dure depuis quelques bonnes décennies.
«7 avions, 7 hélicos, 130 camions et 195 pick up pour la CENI : suspect !». C’est le titre, en machettes à la Une (première page), d’un quotidien Kinois, le 15 août 2018. Le gouvernement est donc suspecté parce qu’il s’engage à assurer la logistique de la Commission électorale nationale indépendante comme il en a le devoir. Les partenaires de la RD Congo, l’ONU, l’UE … ne le sont pas, eux, quand ils apportent la même logistique à la CENI, voire, quand ils prennent en charge l’ensemble du processus électoral d’un pays indépendant, comme ce fut le cas en 2006. Pas la moindre suspicion de la part de ces bonnes âmes. Comme si cela s’inscrivait dans l’«ordre» normal des choses. Et, l’ordre normal, l’ordre établi ainsi véhiculé (dans un certain univers mental), c’est l’ordre de la dépendance d’une assistance internationale (éternelle) en faveur d’un Etat dont l’indépendance, un certain 30 juin 1960, n’aurait été proclamée que pour amuser la galerie.
Ainsi se trouve-t-il dans les médias de la RD Congo, des opinions qui assurent que « ce qui surprend plus d’un observateur, c’est la promptitude avec laquelle le gouvernement congolais a décidé de mobiliser de gros moyens pour rendre la CENI totalement « indépendante » au plan logistique ». De ce point de vue, le gouvernement aurait dû laisser la Commission électorale nationale indépendante dépendre des offres « généreuses » d’une certaine « communauté internationale » qui l’aurait ainsi soumise à son influence « bienfaitrice ». Le gouvernement n’aurait pas dû se montrer prompt à mettre à la disposition de la centrale électorale du pays les moyens de son action pour laisser libre-cours aux « civilisateurs »…
C’est l’éternelle politique de la main-tendue, que la sagesse africaine multiséculaire assure, pourtant, qu’elle se situe toujours en dessous de celle qui donne.
Passe encore pour ces considérations qui peuvent échapper, naturellement, à certains esprits. Mais le quotidien kinois déplore aussi l’usage fait (par le gouvernement de son pays) des moyens financiers affectés à la logistique de la CENI. « Cela paraît d’autant suspect que l’Etat congolais, qui était incapable de réhabiliter la flotte de l’ancienne compagnie nationale, les LAC (Lignes Aériennes Congolaises), qui n’avait besoin que d’une demi-douzaine d’appareils pour reprendre le trafic aérien, soit subitement en mesure de doter la CENI de sept aéronefs », écrit ce confrère également féru de notions d’économie et de gestion de la chose publique. « La surprise est d’autant grande que la nouvelle compagnie aérienne nationale, Congo Airways, dont les avions sont à compter sur les bouts de doigts d’une seule main, peine à desservir le territoire national. Le plus souvent, elle réserve à ses clients le sort des vols incertains voire annulés sur plusieurs destinations. Avec sept nouveaux appareils, ce serait la grande résurrection pour les LAC ou la grande envolée pour Congo Airways », soutient-il doctement. Une phraséologie aux allures savantes mais bien creuse, bâtie sur une méprise quelque peu infantile. Les aéronefs ne s’achètent pas comme des petits pains, dans le « malewa » du coin. Leur acquisition et surtout l’exploitation d’une compagnie de transport aérien requièrent quelques procédures de la commande à la mise en service, passant par l’acquisition. De mémoire de confrère journaliste, nul n’a jamais entendu quiconque prétendre avoir acheté des avions pour la CENI. C’est de mise à disposition d’aéronefs pour des tâches et un temps bien déterminé qu’il s’agit. Et dans la langue de Molière qui nous sert pour communiquer, une acquisition ne se réduit pas à un achat. Le confrère aurait mieux fait de se renseigner auprès de qui de droit au lieu de se rendre ridicule en brodant dans le vide.
Longtemps muselées, les libertés d’opinion et d’expression qui explosent dans la nature ne requièrent-elles pas d’être « canalisées » pour demeurer utiles à tous et dans la durée ?
J.N.

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