LETTRE OUVERTE DES ELUS AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : Katumbi, cliniquement mort

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Les opposants à Genval (Belgique)

Dans un Parlement de 608 membres dont 500 députés nationaux et 108 sénateurs, et dans une opposition comptant près de 150 membres pour les deux chambres, le richissime Moïse Katumbi Chapwe n’a pu que recruter que 50 soutiens. Ce n’est pas une preuve de popularité
En réalité, Députés nationaux et Sénateurs des Groupes parlementaires Udps et Alliés, Mlc et Alliés ainsi que Unc et Alliés se sont abstenus de prendre fait et cause pour le dernier gouverneur du Katanga dont les chances pour la présidentielle s’amenuisent de plus en plus…
La personne qui a pris l’initiative de la lettre ouverte du 25 juin 2018 adressée au Président de la République sous le couvert du « Collectif des Députés Nationaux et des Sénateurs » – sans d’ailleurs en indiquer l’objet – doit se demander si elle ne s’est pas fourvoyée. Vraisemblablement, l’objectif de ce courrier médiatisé à outrance était essentiellement … médiatique, et n’a pas pris en considération tous les contours politiques.
A l’audience du mercredi 27 juin 2018, la Cour Suprême de Justice (CSJ) s’est prononcée sur les exceptions soulevées par les avocats de Moïse Katumbi sur la régularité de la saisine. Cette instance judiciaire « instrumentalisée », selon l’entendement des signataires de la lettre ouverte au président de la République, comme tout l’appareil judiciaire rd congolais l’est, a renvoyé l’affaire à l’audience au 10 octobre prochain, donc au-delà du 8 août prochain, date de clôture du dépôt des candidatures à la présidentielle et aux législatives.
Réagissant à ce renvoi, le signataire numéro 1 de la lettre ouverte, en l’occurrence Christophe Lutundula, un des affidés de Katumbi, a affirmé désespérément que « Katumbi n’a rien fait. Il viendra et déposera son dossier de candidature. Beaucoup ont pensé qu’avec ça, il ne pourra pas déposer sa candidature. Ça signifie aussi que le peuple doit continuer à combattre. Nous estimons qu’il y a une lumière dans le sens de la raison ».
Secrétaire général adjoint de la plateforme électorale « Ensemble pour le changement », ce député national qui passe pour la tête pensante du G7 (il est réputé excellent juriste et d’une grande intelligence) sait bien que le procès dans l’affaire dite des mercenaires ne constitue certainement pas le handicap essentiel à la candidature de Moïse Katumbi à la prochaine présidentielle. C’est plutôt sa condamnation à trois ans dans l’affaire Stoupis et sa nationalité douteuse qui paraissent des obstacles quasiment insurmontables.
Dans leur lettre ouverte, Lutundula et les autres signataires s’appuient sur le rapport de la CENCO qui « innocente Moïse Katumbi pour l’affaire des mercenaires et l’affaire Stoupis », comme si l’épiscopat catholique congolais était devenu, on sait par alchimie une instance judiciaire en RDC ! « Cette honte est d’autant plus éclaboussante que le rapport de la Commission épiscopale ad hoc sur la décrispation politique (CEDP) créée par la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) à la demande des signataires de l’Accord de la Saint Sylvestre avait établi sans équivoque que ‘les deux procès (intentés contre Moïse Katumbi) ne sont que des mascarades’ et demandé en conclusion : ‘- le retrait immédiat du mandat de prise de corps en faveur de Monsieur Moïse Katumbi, son retour en homme libre afin qu’il exerce ses droits civils et politiques, – le classement sans suite des poursuites pour recrutement des mercenaires américains et pour atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l’Etat à charge de Moïse Katumbi », relèvent-ils le plus sérieusement du monde.
Pourtant, ils savent que le fait par exemple, d’un côté, d’appeler le président de la République à appliquer intégralement l’Accord de la Saint Sylvestre en ce qui concerne Moïse Katumbi et, de l’autre, celui de ne pas évoquer le cas Jean-Claude Muyambo constitue une violation avérée du même Accord.
Signal de rupture
Dès lors, il y a discrimination, l’initiative d’adresser un courrier au président de la République isole le G7 de l’opposition radicale en général. Résultat, indéniable et implacable : seulement 50 parlementaires sur près de 150 de l’opposition ont apposé leurs signatures au bas de cette lettre : Christophe Lutundula, Toussaint Alonga, Muhindo Nzangi, Jean-Bertrand Ewanga, Sam Bokolombe, Dieudonné Bolengetenge, Delly Sessanga, Denis Engunda, Muhindo Mulembeki, Venant Tshipasa, Paluku Malisse, Joseph Chura Bilo, Bakatsuraki Kawa, Angèle Tabu, Michel Botoro, Denis Tshibane, Bienvenu Apalata, Dieudonné Katiriko, Théodore Yamungu, Adambu Lomalisa, Grégoire Kiro, Alain Mayindombe, Arthur Wanga, Jerôme Lusenge, Mumpini Kalonga, Modeste Mutinga, Jean-Marie Gapemonoko, Adrien Mbambi Phoba, Dike Monizi, Emile Etumangele, Makuta Lutondo, Grégoire Lusenge, Gabriel Bamanggua, Norbert Ezadri, JB Kumasamba, Christian Mwando, Boris Mbuku, Claudel André Lubaya, Upira Sungwa, Didier Molisho, Kambole Kilanga, Hubert Thetika, Jean-Marie Mulatu, Juvénal Kitungwa, Thomas Betina, Freddy Okangola, Olivier Endundo, Jean-Claude Vuemba, Yvon Mobando et Florent Mulumba.
La configuration «géopolitique» de la liste indique que plus de 90 % des signataires sont des parlementaires de l’Est, contre 9 % de l’Ouest et à peine 1% du Centre.
Premier enseignement à tirer au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat : Moïse Katumbi ne pèse ni à l’Ouest, ni au Centre. Pour un présidentiable, le déséquilibre est trop flagrant.
Deuxième enseignement : l’indifférence affichée par les principaux groupes de l’opposition parlementaire (Udps, Mlc, Unc et Alliés respectifs) révèle que le «mariage G7-UDPS» conclu le 10 décembre 2015 à Paris par Katumbi et Félix Antoine Tshilombo a plutôt desservi l’opposition.
Les Katumbistes ont bénéficié à l’extérieur du pays d’un lobbying favorable à leur propre leader plutôt qu’à Etienne Tshisekedi et à Félix Antoine Tshilombo. Même s’il n’ose l’avouer, lorsqu’il accompagne Katumbi à l’étranger à l’invitation des thinks tanks occidentaux, l’attention des organisateurs est beaucoup plus portée moins sur le dernier gouverneur de l’ex Katanga que sur sa personne. Son apport politique dans l’union s’est réduit à apporter l’appui de la rue frondeuse pour une contrepartie qui reste encore à identifier et à évaluer.
Troisièmement enseignement : avec la nouvelle donne consécutive à l’irréversibilité du processus électoral (dépôt des dossiers des candidatures pour les provinciales) et au retour éventuel de Jean-Pierre Bemba sur la scène politique, l’opposition parlementaire est en pleine révision de la redistribution des cartes. Et se souvient manifestement du fait que le G7 est tombé dans ses rangs comme un cheveu dans la soupe et qu’à l’analyse du bilan de la «coopération» entretenue entre mi-septembre 2015 et mi-juin 2018, elle est allée de perte en perte au cours de ces deux dernières années et demi de mariage contre nature.
En privant Moïse Katumbi de sa solidarité, elle lance en réalité un premier signal de rupture…
Omer Nsongo die Lema avec Le Maximum

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