LES CATHOLIQUES AU PLUS MAL DANS L’OPINION PUBLIQUE : Eglise avilie et ridiculisée

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En croisade contre la machine à voter à Lusaka

A force de partis pris, injustices et compromissions, la CENCO a réduit la première des congrégations religieuses rd congolaises au rang d’une banale force politique et sociale partisane. Une véritable descente aux enfers aux conséquences incalculables.
« La CENCO (i.e. Conférence Episcopale Nationale du Congo) dit que le résultat du match entre le TP Mazembe et le Club Africain de Tunis, samedi dernier à Lubumbashi (8-0) ne correspond pas aux données dont dispose l’église. Il y a de sérieux doutes sur le score annoncé. Elle exige donc le recomptage des buts en toute transparence. Pour rappel, la CENCO a mobilisé 4000 observateurs pour ce match. La CENCO demande à la CAF (i.e. Confédération Africaine de Football) d’exiger la vérité de ce match ». C’est la nouvelle blague humoristique en vogue dont la vitesse de propagation sur les réseaux sociaux atteste de la pertinence et … d’une sorte d’opportunité autant que de justesse, depuis samedi 2 février 2019. Quand bien même tout le monde sait que le trait de dérision que l’on doit à un internaute anonyme qui ne manque d’imagination n’est pas vrai, il s’en dégage une « vérité caricaturée » implacable et qui révèle les bas-fonds avilis dans lesquels une partie de sa hiérarchie a réussi à enfoncer la très respectée église catholique romaine en RD Congo. Cela était tout simplement impensable il y a seulement quelques années, et ça ne conforte pas les nombreux fidèles catholiques dans la foi dans la justesse des vues de leurs princes.
Un match du sport roi en RD Congo
Samedi 2 septembre 2019 s’était joué à Lubumbashi un match de football à enjeu crucial entre le TP Mazembe, une des formations les plus populaires de la RD Congo, et le Club Africain de Tunis dans le cadre de la phase des poules, déterminante pour la suite de la compétition : seulement les deux équipes les mieux classées accèdent à l’étape suivante. Or, en raison de l’élimination de la formation égyptienne d’Ismaily par la CAF, le représentant rd congolais perdait les 3 précieux points obtenus à l’issue du match gagné contre la formation égyptienne à Lubumbashi. Et se devait de se rattraper impérativement pour conserver ses chances de poursuivre une compétition dont elle avait été prématurément éliminée la saison dernière. Non seulement en obtenant les 3 points de la victoire mais également en améliorant le nombre des buts marqués (goals différence), parce qu’il pèse souvent sur la balance au moment de la décision. Ce fut fait, avec la manière : les corbeaux lushois ont émerveillé les nombreux amoureux du sport roi rd congolais en battant les visiteurs sur le score fleuve de 8 buts à zéro, au terme d’une partie épique retransmise en direct à la télévision par Canal+ Afrique. Ni doute ni contestation pertinentes ne furent possibles, donc. Sauf fanatisme aveuglant ou mauvaise foi particulière.
Mauvaise foi et fanatisme religieux

Manifestations à l’instigation des l’archeveché de Kinshasa, avec morts d’hommes

Et, de fanatisme ou de particulière mauvaise foi, en RD Congo, c’est l’église catholique et certains de ses princes qui, aux yeux de l’opinion, en sont désormais devenus l’incarnation, pour ainsi dire. En contestant et en s’opposant viscéralement aux résultats de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 proclamés par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et confirmés par la Cour constitutionnelle, les seules institutions légalement habilitées pour ce faire. Cela laisse des traces dans l’imaginaire ainsi malmené autant que dans l’opinion nationale, et se traduit par des réactions psychologiques, des attitudes de révolte ravalée exprimées par l’humour ou la caricature. Non seulement les internautes accusent les princes de l’église catholique de cécité (face à une réalité qui ne peut plus être contestée) et de mauvaise foi, mais pire, ils leur reprochent cette extraversion caricaturale des objectifs poursuivis, des carences de patriotisme et de nationalisme : la victoire supposée contestée du TP Mazembe fut une victoire contre une équipe étrangère, laisse entendre le texte humoristique cité ci-avant. Les résultats de la partie étant avantageux pour les RD Congolais, des compatriotes, princes de l’église catholique fussent-ils, ont l’obligation morale de les applaudir. Et non de les contester ou d’en encourager la contestation.
L’incontournable sagesse des peuples
Dans le domaine politique, et particulièrement électoral, la sagesse populaire (l’opinion, en fait) s’avère intransigeante et sans concessions : les princes de l’église catholique (tout au moins une partie d’entre eux) ne devraient pas se lancer dans la contestation des résultats qui ne sont pas contraires aux intérêts nationaux RD Congolais. Et Dieu seul sait s’ils n’ont pas fait pire que cela en enfantant miraculeusement (puisqu’ils n’y étaient ni outillés, ni habilités) à la fois un candidat président et un président de la République élu selon leurs saintes compilations des résultats. « L’église catholique s’est trompée d’époque. Ce qui passait pour parole d’évangile dans les années ’60 ne bénéficie plus de la même foi d’indigènes ignares », explique ce professeur de sociologie politique de l’Université de Kinshasa, interrogé par Le Maximum. « L’époque où l’Abbé Joseph Malula, le premier prêtre noir ordonné à Kinshasa, proclamait que Patrice Lumumba était un dangereux communiste à neutraliser à tout prix est bien révolue. Désormais, lorsque vous soutenez que Lumumba a été un ‘’danger’’ pour son peuple, vous devez aussi expliquer pour qui le communisme est mauvais. Pour les colonisateurs ou pour les Congolais ? », explique-t-il encore sur un ton docte et convaincu.
En RD Congo, une partie des évêques catholiques s’est lancée dans ce qui s’apparente à une « croisade contre les sorcières » sans s’encombrer d’explications ni de justifications, alors qu’en Afrique, même la sorcellerie peut-être positive ou négative, selon qu’elle vise la protection du clan ou sa destruction. Patrice-Emery Lumumba réclamait la libération et l’indépendance de ses compatriotes et de son pays lorsqu’un éminent représentant d’une église introduite au pays (non sans casses déplorées) dans les valises des esclavagistes et des colonisateurs l’avait accusé de « sorcellerie » (de communisme, en fait), sans oser avouer à ses compatriotes et aux fidèles catholiques de son temps en quoi la sorcellerie du jeune leader politique était nuisible aux siens et à sa société.
Croisade cléricale politicienne
Célébration eucharistique pour les victimes : au nom de Dieu

Lorsqu’il ordonnait de « dégager les médiocres au pouvoir » en RD Congo à la fin du 1er semestre 2017, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, alors archevêque de Kinshasa, a glissé dans le même péché dogmatique que le défunt Cardinal Malula, estiment nombre d’analystes aujourd’hui. Et s’est rendu coupable d’usurpation de qualité, de statut et de fonctions en se jetant de pleins pieds dans l’arène de la politique politicienne, un secteur de la vie qui n’avait a priori aucun lien direct avec la gestion des âmes des fidèles catholiques qui, en RD Congo, cohabitent avec de nombreuses autres confessions religieuses.
A l’évidence, l’ancien archevêque de Kinshasa et ancien conseiller du Pape François digérait laborieusement l’échec des négociations entreprises par la CENCO quelques mois plus tôt, qui visaient, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte par la suite, à réduire les prérogatives constitutionnelles dévolues au chef de l’Etat en place au motif que les élections ne s’étaient pas tenues dans les délais impartis par la constitution du pays. De préférence avant l’organisation de prochaines élections, selon cet entendement clérical mais néanmoins contestable à plus d’un égard. Outre que le plan des évêques catholiques heurtait les dispositions de la constitution qui ne prévoit aucune altération des pouvoirs présidentiels même sous prétexte de retard dans l’organisation des scrutins, rien n’autorisait les prélats catholiques à s’ériger en censeurs d’acteurs politiques détenteurs de mandats électoraux, même arrivés à échéance, dans un Etat laïc de surcroît.
La chasse aux sorcières déclenchée sous le prétexte nébuleux de « dégager les médiocres » s’est avérée partisane et de pure mauvaise foi. Parce que les princes de l’église catholique de la RD Congo prenaient ainsi parti pour une frange d’acteurs politiques contre une autre. L’opposition politique rd congolaise soutenue par les prélats et des puissances étrangères qui ne s’en cachaient pas bénéficiait, certes, de l’appui d’une partie des populations rd congolaises. La majorité au pouvoir également, qui comptait de nombreux chrétiens et fidèles catholiques parmi ses sympathisants. La collusion d’intérêts entre des princes de l’église catholique, une frange de la classe politique qui se réclame de l’opposition au pouvoir en place et les milieux politiques et économiques en Occident expliquent mieux que tout sermon la montagne des partis pris cléricaux depuis l’accession du pays à la souveraineté nationale en 1960, selon des analystes. Mais pas seulement eux.
Chasse aux sorcières
Une fidèles de St Domiinique à Kinshasa : présentée pour morte avant d’être retrouvée dans un hôpital de la place, vivante

En RD Congo, après trois scrutins électoraux, dont la dernière a été exclusivement financée par l’Etat rd congolais sur fonds propres, l’électeur et le citoyen lambda ne sont plus disposés à gober n’importe quelle prose, fut-elle cléricale. Les diatribes d’évêques catholiques qui ont poussé l’activisme politique jusqu’à affecter les lieux saints à des bandes de casseurs de l’opposition et à organiser des mouvements insurrectionnels avec morts d’hommes à la clé au nom de fidèles qui n’en demandaient pas tant et n’avaient nullement été consultés furent perçus pour ce qu’elles sont : des discours politiques … partisans.
Dans un message adressé aux fidèles catholiques le 25 décembre 2018, à quelques jours des scrutins combinés qui se sont tenus le 30 décembre, le nouvel archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, cousin germain du candidat Jean-Pierre Bemba Gombo, invalidé par la Cour constitutionnelle, développait le même discours, partisan, haineux et diviseur. « Autrefois, le prophète Isaïe s’adressait au peuple d’Israël en exil. Pendant cette période sombre, le peuple d’Israël était humilié et affamé, découragé et abattu. Il n’avait ni repères ni guides. Le Temple, symbole de son identité a été détruit. Les richesses et les trésors du pays sont pillés et exploités par les étrangers… Toute cette situation plongeait le peuple d’Israël dans les ténèbres du désespoir le plus complet », proclamait-il du haut sa chaire. « Cette triste expérience d’Israël ne résonne-t-elle pas aujourd’hui encore et de façon particulière au cœur du peuple Congolais ? Sommes-nous loin de ce qu’a vécu Israël ? Est-ce excessif d’affirmer que le peuple congolais est en exil sur sa propre terre ? Que d’humiliations, et de manque du nécessaire vital, que du mépris de la dignité de la personne humaine et de ses droits les plus fondamentaux ! On se croirait aujourd’hui au Congo à l’époque d’Israël où l’obscurité du péché couvrait tout le pays », assurait ce prélat qui, en son temps vantait devant la presse son passé de « séminariste révolutionnaire ».De la bouche d’un homme de Dieu, la thèse des richesses nationales pillées, d’humiliations et du mépris de la personne humaine n’absout en rien la complicité, la trahison et le parti pris caractéristique de l’église catholique contre tout ou une partie des populations de la RD Congo. « Les colonisateurs avaient fait pire en coupant les mains des compatriotes, ne leur imposant le calvaire de la flagellation quotidienne et publique, et pillant systématiquement les ressources naturelles de la RD Congo sans que l’église catholique, pourtant omniprésente, ne lève le plus petit doigt », rappelle le politologue interrogé plus avant. En reprenant le refrain des richesses pillées et des atteintes aux droits humains, Fridolin Ambongo rappelait à beaucoup de ses compatriotes les silences tonitruants et célèbres des évêques dans un passé récent et plutôt compromettant. Sur les guerres d’invasion imposées au pays qui ont entraîné directement ou indirectement quelque 5 millions de morts à la fin des années ‘2000. Autant que sur l’exploitation des richesses nationales à la base des agressions répétées des territoires de l’est du pays, à l’instigation d’entreprises minières occidentales. Lorsque certains catholiques déplorent les pillages des ressources naturelles avec une vingtaine d’années de retard, en RD Congo, peu sont dupes. Ce sont les pertes subies ou à subir par les puissances occidentales amies de l’église qui sont décriées, pas celles subies par les rd congolais, qui durent depuis la nuit des temps.
L’église catholique n’est plus une lumière.
J.N.

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