LEGISLATIVES 2018 : Les partis-phares en perte de vitesse. PPRD, UDPS, MLC, MSR, ARC … tous ont perdu des plumes

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Une manifestation du PPRD à la Place Ymca

Les législatives tenues en RD Congo le 30 décembre 2018 n’auront pas été heureuses pour tout le monde. Surtout pas pour les partis politiques-phares que demeurent encore le Parti du Peuple pour la Démocratie et le Développement (PPRD), l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le Mouvement de Libération du Congo (MLC), le Mouvement Social et Révolutionnaire (MSR) devenu Mouvement social (MS) ou encore la défunte Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), le parti de l’ancien speaker de la chambre basse du parlement passé chez Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu qui a carrément disparu des radars. Aucun élu pour le compte de la troisième législature de la RD Congo.
Certes, le PPRD du président sortant Joseph Kabila tenu de main de maître par Emmanuel Ramazani Shadary, tient encore le haut du pavé en s’adjugeant 49 sièges à lui tout seul, cette législature encore. Mais ce score est de loin inférieur à celui de la précédente législature, qui a vu le parti présidentiel aligner 62 élus. Le PPRD aura perdu 13 sièges entre 2011 et 2018. Il en avait déjà perdu … 49 entre 2006 et 2011. C’est tout sauf une pente ascendante, même si à la décharge de ce parti on peut arguer de départs de leaders et personnalités qui sans quitter la famille politique joséphite, ont préféré voler de leurs propres ailes, un peu au petit bonheur la chance.
Pas de jours heureux pour le MLC
Le plus grand parti politique de l’opposition au terme des scrutins de 2006, le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba Gombo, n’accumule pas, lui non plus, des jours heureux depuis ces premières élections démocratiques en RD Congo. Parce que le nombre de ses sièges à l’Assemblée Nationale dégringole en continu de 42 en 2006 à 22 en 2011 puis à 18 en 2018. L’inculpation suivie de la détention de son ‘chairman’ Jean-Pierre Bemba à la CPI sont pour quelque chose dans cette sorte de descente aux enfers du parti de Bemba. Mais pas seulement. Pour les scrutins de décembre dernier, les choix politiques du patron du MLC, pourtant plus que chaleureusement accueilli en juillet dernier à sa sortie des geôles de Scheveningen aux Pays-Bas par ses compatriotes, semblent questionnables. Le MLC s’en serait sûrement mieux tiré si Jean-Pierre Bemba s’était investi davantage dans la campagne électorale en faveur des siens. Plutôt que d’offrir le parti en pâture à la plateforme Lamuka.
L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), laminé par des défections, n’a pas mieux fait non plus. C’est déjà heureux, se disent les observateurs, que l’ancienne « fille ainée de l’opposition politique » en RD Congo s’en tire, cette législature encore, avec les lauriers de « plus grand parti politique de l’opposition à la chambre basse du parlement ». Propulsé à la tête du parti à la faveur du décès, en février 2017, de son père Etienne Tshisekedi wa Mulumba, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi aura réussi à redresser suffisamment la barre (notamment en favorisant le retour de certains exclus) pour s’adjuger 33 sièges. Mais c’est bien moins que les 41 sièges qui avaient déjà fait du même parti la formation la plus représentative des forces politiques acquises au changement sous la précédente législature.
MSR, ARC, … presque disparus
Frondeurs de la majorité présidentielle, le MSR de Pierre Lumbi Okongo et l’ARC d’Oliver Kamitatu ont pour leur part plus que perdu des plumes en traversant la rue vers le G7 de Moïse Katumbi Chapwe. Devenu MS (Mouvement Social), le MSR de Lumbi s’en tire avec 21 sièges, au lieu des 27 sièges de la législature précédente, peut-on dire. L’ARC a quant à elle carrément disparu au profit du G7 qui, du reste ne paie pas de mine, la plateforme politique d’origine du dernier gouverneur du Katanga n’alignant que 10 élus nationaux pour les comptes respectivement de l’UNADEF (Kyungu), l’UNAFEC Mwando), du MSDD (Lutundula), de l’ARC (Kamitatu, Mbuku), du PD (Endundo), entre autres. Ce n’est pas une ‘success story’, tout de même.
Le Parti Lumumbiste Unifié (PALU) du Patriarche Antoine Gizenga et l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) de Vital Kamerhe n’ont pas non plus amélioré leurs scores par rapport à la dernière législature. Sérieusement secoué par le conflit au sommet sanctionné par le départ d’un de ses plus hauts cadres, l’ancien premier ministre Adolphe Muzito, le parti gizengiste a presque perdu son ancrage traditionnel dans le Grand Bandundu où il peine à aligner 10 élus nationaux. L’essentiel des sièges de cette formation lumumbiste provient des provinces de l’Est, essentiellement du Grand Katanga et du Nord Kivu, pour un total de 17 sièges, contre 19 au cours de la dernière législature.
Particulièrement visé par une politique sauvage de débauchage, l’UNC de Kamerhe qui a vu un grand nombre de ses cadres se laisser appâter par Moïse Katumbi Chapwe, s’en tire avec 14 sièges à la chambre basse du parlement. Contre 17 en 2011.
L’AFDC et Lukwebo progressent, mais …
La palme de la plus grande progression revient sans nul doute à Modeste Bahati Lukwebo, dont la plateforme, l’AFDC & Alliés, se tape rien moins que 37 sièges, devenant ainsi le deuxième parti politique le mieux représenté à la chambre basse du parlement après le PPRD. Mais pour y parvenir, le ministre sortant du Plan a dû racoler ferme, nouant des alliances à tout va, même contre-nature. Ainsi, compte-t-elle parmi ses alliés des partis politiques comme la CONAKAT de Jean-Claude Kazembe, le NBP de Ambroise Kamukuni, le Parti Travailliste Libéral de Matadi Wamba autant que le Parti Travailliste de Stève Mbikayi. Ou encore le CAAC de l’ex MLC Alex Kande Mupompa, ainsi que de nombreuses personnalités politiques, dont Joseph Mudumbi et André Moke Sanza, des anciens de l’UDCO de feu Banza Mukalayi Sungu.
Des partis et regroupements politiques considérés jusque-là comme petits ou moyens enregistrent pour leur part une fulgurante évolution. Le premier d’entre eux, né des cendres de l’ECT (Eveil de la Conscience pour le Travail et le Développement), s’est offert la bagatelle de 27 sièges à la nouvelle Assemblée Nationale. C’est l’Action Alternative pour le Bien-être et le Changement (AAB), de Félix Kabange Numbi, Balamage Nkolo et Shadrack Mbaitsura !
On peut citer dans la foulée des partis et regroupements politiques qui ont enregistré des progrès, l’Alliance Convention des Congolais Unis (CCU & Alliés) de Lambert Mende Omalanga qui a presque doublé le nombre de ses sièges en passant de 5 en 2011 à 8 en 2018. Ou encore l’Ecidé de Martin Fayulu Madidi qui, sous le label de la Dynamique de l’Opposition (DO), s’adjuge également 8 sièges à l’assemblée nationale.
J.N.

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