LA CENCO AUX NATIONS-UNIES : Donatien Nshole sans caution de la CENCO

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    Abbé Donatien Nshole

    Il ne pouvait en être autrement, puisque visiblement le président en exercice de la CENCO s’engage de moins en moins dans l’activisme inspiré du Comité Laïc de Coordination et de l’archidiocèse de Kinshasa. Comme cette lettre visiblement antidatée du 10 mars 2018 adressée au Secrétaire général de l’Onu pour la mise sous tutelle de la RDC par les Nations Unies…

    L’année passée, à cette même période marquée par les préparatifs du renouvellement du mandat de la Monusco, le président en exercice de la CENCO s’était rendu à New York où, flanqué du secrétaire général Donatien Nshole, il avait tenté de muer l’Accord de la Saint Sylvestre un «instrument international». L’acte avait été interprété par les experts en droit international comme une tentative de mise sous tutelle de la RD Congo par les Nations Unies. Voilà qu’en 2018, Mgr Marcel Utembi n’effectue manifestement pas le déplacement du siège de l’Onu alors que sa présence est d’une importance capitale dans la mesure où les parties prenantes doivent procéder à l’évaluation de l’application de cet instrument. L’abbé Nshole s’y est rendu seul et publiera un document intitulé «Briefing de la CENCO au conseil de sécurité des Nations-Unies le 19 mars 2018 », rédigé à New York même, et qu’il signe seul. Ce qui suppose qu’il n’engage nullement la Conférence Episcopale Nationale du Congo et que ce briefing n’a pas obtenu la caution de la hiérarchie catholique.
    Il est vrai que dans sa communication, l’abbé Donatien Nshole transmet aux participants les remerciements de Mgr Marcel Utembi «pour avoir invité la CENCO à faire un briefing sur la situation humanitaire en RDC dans le cadre des préparatifs de la conférence des donateurs qui se tiendra prochainement à Genève».
    Le secrétaire général de la CENCO note dans la même introduction que «Le drame humanitaire que traverse la République Démocratique du Congo (RDC) depuis plus de 2 décennies ne fait que s’accentuer à tel point que le peuple Congolais se pose la question de savoir si cette situation trouve ‘un écho’ véritable au sein de la communauté internationale, en l’occurrence au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU)».
    A cette occasion, il fonde sa communication sur trois points : la synthèse de la situation humanitaire et sécuritaire en RDC, les causes du drame et les attentes du peuple congolais.
    «Aujourd’hui la situation humanitaire est caractérisée par la reprise du cycle de violence dans la province de l’Ituri et la dégradation de la situation humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et Tanganyika», signale-t-il. Dans le développement, l’abbé rattrape l’ex-Equateur. Il relève qu’à ce jour «la RDC compte 4,49 millions des déplacés internes selon les statistiques publiées en décembre 2017. La RDC est le premier pays africain en nombre de déplacés internes : plus de 60 % sont des enfants ; 55 % se trouvent dans 3 provinces : Nord Kivu (26 %), Sud Kivu (15 %) et Tanganyika (14 %). Cependant, au 31 décembre 2017 on dénombrait 623.059 réfugiés congolais dans les pays voisins : Angola, Burundi, Ouganda, Rwanda, Tanzanie et Zambie».
    Dans les causes du drame, Donatien Nshole retient que «la situation sécuritaire instable et précaire due aux incursions des présumés ADF, à l’activisme des groupes armés, aux affrontements interethniques, notamment dans le cas des communautés des Twa et des bantous, et aux manipulations de certaines forces obscures qui sont intéressées par la déstabilisation de notre cher pays, c’est le cas de l’Ituri», de même que «La crise socio politique et électorale due au fait que les élections présidentielles et législatives n’ont pas été organisées dans le temps conformément à la Constitution de la RDC et de l’Accord de la Saint Sylvestre». Il en déduit que c’est «ce qui crée des mécontentements et aussi l’absence de l’autorité de l’Etat dans certaines zones du pays du fait de l’illégitimité des principales institutions».
    Quant aux attentes du peuple congolais, le secrétaire général de la CENCO les décline en quatre points, à savoir :
    – l’implication de l’Onu dans la tenue des bonnes élections (la hiérarchie croit dur comme fer que la solution idoine à la crise est la tenue des élections démocratiques, transparentes et apaisées) ;
    – le renforcement du mandat de la MONUSCO en la dotant «de moyens juridiques et matériels nécessaires pour la protection des civils, des personnes vulnérables et de leurs biens dans les zones où il y a des attaques et des violences récurrentes» ;
    – la diligence pour l’aide humanitaire en faveur des «populations victimes de l’insécurité et celles forcées de quitter leurs terres» et
    – la matérialisation d’un «plan de développement économique de la RDC après les élections».
    Notons d’emblée que le quatrième point n’a pas de sens dans la mesure où il dépend entièrement du projet de société et du programme de gouvernement de chaque concurrent au processus électoral.
    Diversion
    Comme on peut s’en rendre compte, le secrétaire général de la CENCO ne fait nulle part allusion à l’évaluation de l’application de l’instrument pourtant déclaré international en mars 2017 : l’Accord du 31 décembre 2016.
    Or, une année jour pour jour après le renouvellement du mandat de la MONUSCO par la Résolution 2348 (2017) adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7910ème séance le 31 mars 2017, il était tout à fait indiqué que la CENCO interpelle les parties prenantes sur la gestion de cet instrument international. Surtout lorsqu’on sait que l’archidiocèse de Kinshasa et son cardinal-archevêque avaient organisé des manifestations publiques sous le couvert du Comité Laïc de Coordination pour exiger l’application de cet accord.
    Par ailleurs, le briefing de l’Abbé Nshole explique la crise sociopolitique rd congolaise par la non-tenue des élections conformément à la Constitution et à l’Accord de la Saint Sylvestre. Et en déduit c’est la cause des mécontentements observés. Mieux, ou pire, il lie l’insécurité à l’absence de l’autorité de l’Etat dans les zones troublées et à l’illégitimité des principales institutions politiques du pays. Même si tout le monde sait que les problèmes sécuritaires inhérents à la faiblesse de l’autorité de l’Etat remontent à la fin de l’ère Mobutu au début des années ’90. Et que depuis 2006, les gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays se sont tous assignés la tâche de renforcer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.
    Encore que dans aucun des cinq à six des 145 territoires du pays affectés par les conflits armés, la crise sécuritaire n’est formellement liée au processus électoral ou à la question de la légitimité des institutions. Que ce soit à Djugu (Ituri), à Beni-Butembo (Nord Kivu), à Uvira (Sud Kivu), à Nyunzu et Manono (Tanganyika), et dans d’autres territoires du Grand Kasaï, aucun groupe armé ne brandit l’un ou l’autre de ces arguments.
    En réalité, le secrétaire général de la CENCO suggère de lier les problèmes sécuritaires de la RD Congo à un problème imaginaire de légitimité des institutions qui lui est propre. Ce qui est très grave parce qu’en réalité, Donatien Nshole et ses soutiens dans la hiérarchie de l’église catholique rd congolaise offrent aux groupes armés – même à ceux qui se livrent au terrorisme – un argument pour légitimer leurs entreprises criminelles.
    On peut donc considérer que la CENCO se livre à un exercice de diversion en se focalisant sur la situation humanitaire pendant qu’il est question, en ce mois de mars, de renouvellement du mandat de la Mission onusienne pour l’exercice 2018-2019.
    Il ne pouvait, au demeurant, en être autrement puisque visiblement, Mgr Marcel Utembi, pourtant président en exercice de l’assemblée des évêques, s’engage de moins en moins dans l’activisme de cette structure par rapport notamment, au CLC… Au Conseil de sécurité des Nations-Unies à New York, la CENCO s’est carrément substituée au CLC, en communiquant le bilan des marches dites des catholiques auxquelles elle ne fut pas officiellement mêlée, en principe.
    En publiant en solo les communiqués liés à ces marches, et cela au nom de sa hiérarchie, l’abbé Donatien Nshole semble ne pas bénéficier du soutien de l’Église catholique romaine du Congo.
    Partant, à New York, l’absence de Mgr Marcel Utembi doit embarrasser bien des protagonistes de l’internationalisation de l’Accord de la Saint Sylvestre. Personne de sensé ne peut comprendre le plaidoyer de la CENCO pour une aide humanitaire en RD Congo escomptée de la conférence de Genève pendant que la priorité des priorités est le renouvellement du mandat de la Monusco…
    Il y a anguille sous roche !
    Omer Nsongo die Lema avec Le Maximum

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