GOUVERNEURS DE PROVINCES : Boulons resserrés

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Zoé Kabila, avec les députés provinciaux du Tanganyika avant son élection

Pas de surprise notable à l’issue des élections des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces organisées dans 22 des 26 provinces de la RD Congo, mercredi 10 avril 2019. Le Front Commun pour le Congo (FCC), la méga plateforme de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, a raflé plus que la majorité des postes en compétition, soit 16 sur 22. Contre seulement un poste échu à la coalition CACH (Cap pour le Changement) du duo Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe dans la province du Kasaï Oriental, et un autre poste revenu à la coalition Lamuka (ou ce qui en reste) dans la province de la Mongala. Il faut attendre les résultats des 2èmes tours des élections des gouverneurs dans les provinces du Haut-Lomami, du Kasai-Central, du Nord-Ubangi et de la Tshopo, ainsi que dans les provinces du Sankuru et de Sud Ubangi où les scrutins ont été reportés pour en savoir davantage sur ces scores indubitablement avantageux pour la majorité kabiliste. Mais, ainsi qu’on peut en juger par les résultats disponibles, plus rien ne peut modifier la configuration des forces en présence. Bien au contraire.
Score améliorable

Réjouissances à Likasi, à l’issue de l’élection de Richard Muyej

Tout indique que la famille politique du président de la République sortant devrait améliorer son score. Parce que rien que pour les joutes qui se sont déroulées mercredi dernier à travers la RD Congo, le FCC engrange bien plus de victoires que ne l’indiquent les résultats couchés sur le papier par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Dans la réalité, ce sont plus de 16 postes de gouverneurs qui reviennent aux kabilistes, les gouverneurs indépendants élus dans les provinces du Kongo Central et de l’Ituri, Atou Matubuana et Jean Bamanisa, appartenant l’un et l’autre au PPRD et à la coalition des Républicains Indépendants et Alliés (RIA), membres du FCC.
Les seconds tours des élections des gouverneurs de province prévus le 13 avril amélioreront sans coup férir le score de la famille politique kabiliste. Dans la province de la Tshopo, les deux candidats qui s’affronteront au second tour, le gouverneur de province sortant, Constant Lomata, et le candidat ‘indépendant’ Louis Walle, émargent des listes ACO et PPRD et appartiennent donc au FCC. Louis Walle Lufungula, c’est en fait l’actuel patron du Journal Officiel de la RD Congo, un diplômé en droit de l’université de Kinshasa, membre conseil national du PPRD, passé également par le cabinet du président de la République sortant après avoir fourbi ses armes au sein de l’AFDL, des CPP, de l’Assemblée constituante-Parlement de transition et du parlement de transition pour le compte de la composante ex-gouvernement.
Même situation dans la province du Haut-Lomami où l’indépendant Marcel Lenge proche du Groupe Bazano (13 voix à l’issue des votes) est en réalité membre du FCC. Il affrontera au second tour un autre FCC, Kalenga Mwenzemi (12 voix).
Candidats FCC en lice contre leurs collègues
Le candidat FCC Martin Kabuya au Kasai Central

Au Kasai Central où un second tour de l’élection des gouverneurs de provinces est également attendu, les deux protagonistes, Martin Kabuya Kabitanga (AFDC & A, 15 voix sur 33 votants) et Valentin Ngandu (PPRD, 9 voix sur 35 votants) appartiennent tous les deux au FCC.
La seule réelle incertitude pour le FCC réside dans l’issue du second tour de ces élections qui se tiendra dans la province du Nord Ubangi où s’affronteront l’indépendant Bienvenu Seti Sapo, en réalité un proche du MLC de Jean-Pierre Bemba, et l’autre indépendant connu pour émarger des listes du PPRD, Nzege Koloke Izato. Mercredi dernier, Seti avait recueilli 4 votes, contre 8 en faveur de son challenger.
Il apparaît donc que les seconds tours des élections des gouverneurs de provinces ajouteront au FCC trois nouveaux postes certains, au minimum, et 4 au maximum, qui porteront à 20 sur 24 le nombre des gouverneurs de province d’obédience FCC.
Le Sud-Ubangi, le Sankuru, le Nord-Kivu et le Maindombe
Sur les 4 postes de gouverneurs restants, l’opinion sera également fixée à l’issue des scrutins électoraux reportés au Sud Ubangi et au Sankuru, qui se tiendront le même samedi 13 avril 2019. Avant que la boucle des élections des gouverneurs de provinces ne se boucle avec les élections dans les provinces du Nord-Kivu et du Maindombe. Dans les 4 cas de figure, le FCC devrait s’en tirer au minimum avec 1 ou 2 nouveaux gouverneurs de provinces au Sankuru et au Maindombe.
Le ras-de-marée kabiliste aux élections des gouverneurs de provinces survient quelques jours après que le président de la République, Félix Tshisekedi, eût déclaré la guerre contre ‘‘la dictature’’ dans son pays au cours de son séjour aux Etats-Unis d’Amérique. « Je le dis sans peur. Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place », avait soutenu le nouveau chef de l’Etat jeudi 4 avril 2019, sollicitant à cette fin l’aide de ses hôtes américains. « Ma présence ici interpelle les Etats-Unis à nous accompagner dans cette belle aventure et le plus longtemps possible. Sans cet appui, nous aurons des difficultés à nous en sortir », avait-il expliqué en substance.
Guerre des ondes FCC – CACH
A Kinshasa, le FCC a promptement et vigoureusement réagi contre « la teneur de certains propos militants (…) sollicitant l’appui d’une puissance étrangère», parce qu’elles remettraient « … gravement en cause l’héritage démocratique ancré dans notre pays depuis 2006 et qui s’est traduit par la toute première passation pacifique et civilisée du pouvoir à la magistrature suprême jamais intervenue en RDC, passation dont le président de la République est pourtant le bénéficiaire au terme des troisièmes élections libres, démocratiques, pluralistes et apaisées du 30 décembre 2018 », selon les termes d’un communiqué rendu public le 7 avril et signé par 18 cadres de la plateforme politique du président de la République sortant.
Certes, Félix Tshisekedi s’est défendu en étendant sa compréhension du système dictatorial à un combat contre les antivaleurs qui ont compromis le développement du pays, notamment la corruption et les atteintes aux droits de l’homme. Mais le venin semblait injecté et certains observateurs ont vu dans les résultats électoraux de mercredi dernier un resserrement des vis menacés de déboulonnement par la famille politique de Joseph Kabila.
J.N

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