ETAT DE DROIT VS DEMOCRATIE : Sindika Dokolo maquillait ses ennuis judiciaires

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En audience chez le chef de l'Etat à la cité de l'UA

Il est certes Congolais. Mais c’est par le truchement de sa riche épouse, Isabel Dos Santos (fille de son père, ancien chef d’Etat d’Angola Eduardo Dos Santos, donc), que Sindika Dokolo s’est fait connaître de l’opinion publique. Une notoriété assez facilement acquise, après que ce fils d’un banquier des années Mobutu, Augustin Dokolo Sanu, s’est lancé dans ce qui ressemblait alors à des actions humanitaires en faveur de ses compatriotes. Fin mai 2017, alors que le terrorisme Kamwina Nsapu faisait rage dans les provinces kasaiennes, entraînant un afflux de réfugiés en Angola, celui qui n’était encore qu’un riche collectionneur d’art décida soudain de faire don de vivres et autres biens de premières nécessité aux réfugiés congolais dans le pays de sa femme. Tout en dénonçant la barbarie dont ils étaient victimes. C’est alors qu’il a entamé une carrière d’opposant … non pas aux égorgeurs qui sévissaient dans les Kasaï mais au régime de Joseph Kabila qui les combattait. Ainsi est né son mouvement politique, « Congolais Debout ».
Realpolitik
Depuis l’élection de Félix Tshisekedi à la présidence de la République le 30 décembre dernier, l’homme d’affaires a commencé par relayer les doutes sur les résultats électoraux, avant de se raviser quelques jours après et d’opter pour un certain ‘‘réalisme’’: «l’essentiel c’est d’aller de l’avant», explique-t-il ci et là sur son compte Tweeter, multipliant des interventions au sujet de tout ce qui se passe en RDC. Parce qu’entretemps, en Angola, les Dos Santos commençaient à faire les frais d’une véritable chasse à l’homme par le nouveau régime du président Joao Lourenço. Isabel Dos Santos, l’épouse Sindika, venait d’être brutalement déchue de ses fonctions à la tête des plus grandes entreprises comme Sonangol. C’est donc sans surprise que l’opinion rd congolaise apprendra que ce gendre de Dos Santos avait prudemment regagné Kinshasa mardi 7 mai 2019. «La RDC est un océan d’opportunités, mais des opportunités délaissées et abandonnées parce que les valeurs qui ont jusqu’ici prévalu dans la gestion de la chose publique ont été d’un intérêt personnel, la corruption, la mégestion. Je suis de ceux qui pensent que le Congo sera avant tout reconstruit par les Congolais. (…) Ce qui nous anime, ce n’est pas seulement l’opportunisme, mais l’amour de notre pays, une volonté de développer notre pays », avait déclaré à la presse locale le golden boy congolo-angolais quelques mois plus tôt.
Les affaires au second plan ?
Mais ce n’est pas d’affaires que le fils de Dokolo Sanu et d’une Suédoise se préoccupe aux premières heures de son séjour kinois, mais de politique. Sindika s’est rendu à Ngaba, dans la famille du défunt Rossy Mukendi, y consoler la veuve et les enfants de cet activiste des droits de l’homme mort de suites des blessures par arme à feu au cours d’une manifestation de l’opposition à Kinshasa en 2017. Le gendre de Dos Santos s’est aussi fait recevoir par le président Félix Tshisekedi, samedi 11 mai 2019. « Mon premier message était de dire merci au chef de l’État. Sans lui, il n’était pas possible que je rentre au pays. Le deuxième message, c’est lui rappeler notre engagement dans le civisme et la consolidation d’un État de droit », déclare-t-il à la presse aussitôt sorti de l’audience présidentielle à la Cité de l’UA. Au cours d’un point de presse, un jour plus tôt, Sindika avait dit la même chose : «Nous Les Congolais Debout nous sommes là pour faire ce travail de citoyenneté. Avoir un meilleur Congo ce n’est pas avoir des meilleurs politiciens, avoir un meilleur Congo pour l’avenir c’est avoir des meilleurs citoyens ».
Image écornée
Seulement, l’image d’opposant au régime du prédécesseur de Félix Tshisekedi qu’il veut se donner se trouve quelque peu écornée par des révélations de médias faisant état d’une condamnation à 12 mois de prison par le Tribunal de paix d’Assossa dans la commune de Kasavubu. La sentence prononcée par contumace contre Sindika et son frère Luzolo le 4 juillet 2017 les condamnait également à 15.000 USD de dommages-intérêts à payer à la succession Kusuamina (un ancien associé de leur père Dokolo) pour faux et usage de faux et spoliation de biens d’autrui. De cela, Sindika Dokolo le ‘‘Congolais debout’’ ne parle guère même lorsque nos confrères le sollicitent, préférant dénoncer le régime politique en place à l’époque des faits. Plus récemment, en 2018, la même affaire a été portée devant le tribunal de commerce de Kinshasa qui a rendu un jugement au 1er degré le 30 août 2018, rapporté par Congovirtuel. Dans cette affaire qui concerne une dizaine d’immeubles, de chambres froides et de terrains spoliés, la succession Dokolo, a été condamnée au paiement de 10.000 USD à chacun des 6 héritiers Kusuamina. Les Dokolo ont interjeté appel du jugement du tribunal de commerce (autant que de celui du tribunal de paix d’Assossa, semble-t-il). «En se muant en acteur politique, Sindika veut instrumentaliser cette qualité pour nous flouer. Le président Tshisekedi qui a placé son mandat sous le signe du « peuple d’abord » ne doit pas prêter son autorité à de telles magouilles», tempête un proche des Kusuamina se confiant au Maximum. Le 11 mai 2019 à la Cité de l’UA, c’est donc un condamné par la justice que le président de la République a reçu. Ce qui n’augure pas des jours fastes pour l’Etat de droit, estiment certains observateurs.
J.N.

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