ELECTIONS, PLUS DE DOUTE : Monsengwo veut le bordel

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Le cardinal Monsengwo, avec Corneille Nangaa

Semaine décisive, que celle qui court depuis le week-end dernier, pour certains princes de l’église catholique romaine de la RD Congo. Les mêmes qui, depuis le second semestre 2016, se sont carrément installés dans le glissement politique reproché par présomption à la majorité au pouvoir à Kinshasa. Sous prétexte de détenir le pouvoir divin, mais néanmoins très peu démocratique, de gestion des âmes au pays de Patrice Emery Lumumba, certains évêques de l’église catholique romaine se sont accaparés le « vide politique » leur légué par les colons occidentaux sous prétexte de réconcilier les acteurs politiques. En ce compris tous les attributs qui vont avec ce pouvoir colonial décrié, dont celui que traduit merveilleusement une des 4 langues nationales de la RD Congo, le Ciluba, qui désigne le prêtre catholique sous le terme « mukalenga abbé ». Le mot « mukalenga » signifie littéralement « le blanc », il suffit d’y ajouter « abbé », déjà tout traduit puisqu’il est français, et on obtient le substrat sur lequel se fonde le statut social du clergé catholique dans les anciennes possessions occidentales en général. Dans la vie nationale, ces évêques réunis au sein de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) se révèlent des véritables relais du pouvoir occidental chargés de censurer tout ce qui contrarie les intérêts des maîtres d’hier, dans les domaines politique, économique et social.
Croisade contre les élections
Dans le domaine politique qui régente la vie d’une nation, les représentants rd congolais de l’église catholique romaine sont en croisade contre toute démocratisation réelle, qui restituerait le pouvoir entre les mains du souverain primaire dont il avait été ravi depuis les temps de la traite négrière puis de la colonisation de triste mémoire. « Ce n’est pas par oubli que l’église catholique n’a jamais plaidé pour la tenue des élections primaires. Elles apporteraient la démocratie dans les quartiers et jusqu’au sein des paroisses. Et ça, les princes de l’église n’en veulent pas », explique à ce sujet un politologue de l’Université de Kinshasa. En RD Congo, c’est depuis qu’ils se sont offerts leurs « bons offices » pour diriger le dialogue du centre interdiocésain de Kinshasa que les princes de l’église catholique s’érigent en obstacle contre tout processus électoral qui n’obtient pas le quitus occidental. Or, c’est précisément ce qui est gestation au Congo-Kinshasa, une gestation quasiment à terme puisque depuis le week-end dernier, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) s’est résolument engagée dans la dernière ligne droite vers la tenue des scrutins prévus le 23 décembre 2018. La guerre est donc ouverte entre le pouvoir politique et les prélats catholiques. Et inévitablement aussi, entre les confessions religieuses qui exercent en RD Congo. De source digne de foi, Le Maximum apprend qu’au cours d’une récente rencontre avec le Pape François en Suisse, des représentants des méthodistes protestants se sont plaints de l’hostilité des évêques catholiques envers le président Kabila, un fidèle protestant. Et menacé de déclencher une guerre ouverte si le Saint Père ne retenait pas ses ouailles rd congolaises.
Mobilisation des fidèles
Samedi 23 juin 2018 s’est tenue au centre Lindonge de l’archevêché de Kinshasa une de ces manifestations cultuelles d’apparence anodine en prélude à ce qui ressemble bien à un jihad catholique en gestation. Un de plus après la succession des menées carrément subversives orchestrées à l’instigation de l’archevêque de Kinshasa par une organisation pirate, le Comité Laïc de Coordination. A Lindonge, tous les mouvements catholiques étaient conviés à une rencontre ponctuée par une célébration eucharistique à caractère essentiellement politique. Entre deux sermons axés sur les enseignements de Jean-Baptiste, l’officiant du jour a abreuvé les fidèles dociles comme des agneaux de notions d’alternance politique. « Après avoir passé deux ans à la tête d’une paroisse, je m’en vais rendre service ailleurs, normalement », assénait-il entre deux cantiques, sous les applaudissements d’une assistance largement composée de dames en habits de circonstance. Parce qu’ici, l’air n’est pas au raisonnement cartésien, autrement, il aurait été loisible de faire observer au « Sango Mokonzi » (le prêtre chef, en lingala) que ce n’est que la limite de l’âge qui met un terme à l’exercice (très peu démocratique lui aussi) du pouvoir de leurs excellences les évêques catholiques dans leurs diocèses respectifs. Même à Kinshasa la capitale où l’archevêque du lieu, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, a largement dépassé l’âge de la retraite, mais n’en traîne pas moins les pieds pour aller s’installer à Rome où le Pape François lui a trouvé un strapontin clérical taillé sur mesure pour le restant de sa vie sur la terre des hommes.
Le CLC redonne de la voix
Le jour même de la manifestation du centre Lindonge, le Comité Laïc de Coordination, mis sur pieds pour prêter les paroisses catholiques du pays aux manifestants-casseurs de l’opposition radicale et pour organiser des insurrections populaires à Kinshasa particulièrement, a bruyamment donné de la voix. En rendant public un « appel du comité laïc de coordination (CLC) sur la situation de la RDC ». En fait, une correspondance qui aurait été adressée au président de l’Union Africaine à Addis-Abeba, ainsi qu’à ses collègues des organisations régionales et au secrétaire général des Nations-Unies. Le courrier du CLC se plaint de la convocation de l’électorat par la CENI malgré les conditions posées par le contre-pouvoir politique clérical catholique. Les signataires du texte de 2 pages sombrent même dans le péché du mensonge en soutenant que « … le CLC, né de la volonté des fidèles catholiques de répondre aux nombreux appels de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), en vue des élections garantissant l’égalité des chances vous interpelle une fois encore … ». A Kinshasa, tout le monde sait que l’organisation politique pirate est l’œuvre du très politicien cardinal archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, et consacre en réalité le dédoublement du Comité des Laïcs Chrétiens Catholiques (CLCC), qui est statutaire et national. La correspondance des scouts du cardinal kinois menace de mettre la RD Congo à feu et à sang par l’organisation de manifestations non autorisables. « Pour sauvegarder l’intérêt commun, le CLC n’a pas d’autres choix, dans les semaines qui viennent, que de reprendre ses actions, avec l’ensemble du peuple congolais, plus que jamais éveillé et mobilisé », écrivent les signataires de cette correspondance de chantage au jihad.
Les évêques en assemblée plénière
Le clou des gesticulations des princes de l’église catholique, ce sera sans doute la déclaration attendue d’ici le week-end prochain au terme de la 55ème assemblée plénière des évêques de la CENCO qui se tient à Kinshasa depuis quelques jours. A la même période, le 23 juin 2017, les calottes sacrées de l’église catholique romaine s’étaient fendues d’un véritable appel au jihad contre le pouvoir en place à Kinshasa.
«Le Pays va très mal. Debout, Congolais !», le titre du message rendu public il y a un an et 3 jours aujourd’hui, fut tout sauf un appel à une solution d’apaisement ou de convivialité pour résoudre les problèmes du pays. La 54ème session de l’Assemblée plénière des évêques catholiques avait pourtant traité de questions relatives à la situation socio-pastorale du pays, à la présentation des rapports synthèse des commissions épiscopales, au projet d’éducation civique et électorale, au Guide de l’Apostolat des laïcs, au Guide pour la nouvelle évangélisation, au livret catéchétique de la famille chrétienne, au plan triennal de l’éducation, au synode des évêques sur les jeunes, aux statuts du sanctuaire Bienheureuse Anuarite, au statut du Renouveau Charismatique, à la convention entre l’Etat congolais et la CENCO en matière de santé … autant de questions sur lesquelles les chrétiens catholiques auraient aimé en savoir davantage sur les cogitations de leurs pasteurs. Mais qui ont été banalisées au profit des épanchements politiciens des calottes sacrées : les évêques ont carrément mis sous le boisseau catéchèse et pastorale et sont montés sur les barricades du combat politique contre le régime de Joseph Kabila et sa majorité. « Le pays va très mal. Congolais, Debout » fut déjà un véritable appel au jihad. Un an après, les observateurs s’attendent à ce que les évêques catholiques décrètent que le pays est mort, qu’il ne reste plus qu’à l’enterrer.
J.N.

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