EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE : Une cacophonie de plus aux sommets

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    Le Pape François, ici en Birmanie

    Parmi les fidèles de l’église catholique romaine de la RD Congo, les temps ne sont plus à une calme assurance dans la foi indéfectible. Dans ce pays de l’Afrique Centrale où les catholiques revendiquent plus de 50 % d’adhérents, ce n’est pas rien. En cause, l’engagement de la hiérarchie de l’église dans la lutte pour ce qu’elle présente comme un changement indispensable. En fait, le départ du pouvoir de Joseph Kabila et de sa majorité issue des scrutins électoraux de 2011. C’est du jamais vu, que ce parti-pris clérical contre un camp politique qui, par ailleurs, compte nombre de chrétiens catholiques pratiquants formés dans les meilleures institutions d’enseignement aux lendemains des indépendances sur le continent.
    Depuis décembre 2017, les rapports entre une partie de l’église catholique, essentiellement les princes de cette confession religieuse et le pouvoir en place ont tourné à l’affrontement. Depuis notamment que l’Archevêché de Kinshasa a ordonné aux églises paroissiales de faire tinter les gons des cloches chaque jeudi de la semaine. Pour rappeler à la population que le mandant du Chef de l’Etat en place est échu et qu’il doit « dégager », selon une expression empruntée aux délinquants rd congolais de l’Union Européenne qui furent les premiers à lancer le slogan longtemps avant le terme légal du second et dernier mandat de Joseph Kabila.
    L’archevêché de Kinshasa a sorti de ses tiroirs un fantomatique « Comité Laïc de Coordination » qui en est à son second appel à l’insurrection généralisée à partir des 147 paroisses que compte la ville de Kinshasa. Bilan de ces opérations visant à pousser les forces de l’ordre à la faute à défaut de rééditer l’exploit burinabè de décembre 2012 en réussissant à « dégager Kabila ».
    Parmi les fidèles catholiques, les projets cléricaux auraient emporté davantage d’adhésion si le processus électoral n’allait pas bon train. Depuis novembre dernier, un calendrier électoral a été rendu public, qui prévoit la tenue des principaux scrutions dès décembre de l’année en cours. En le perturbant, les princes de l’église se liguent avec la frange la plus extrémiste de l’opposition politique locale, qui prône une période de transition sans Kabila, que la constitution votée par referendum en 2005 ne prévoit nulle part. Le parti-pris, aussi salvateur soit-il, est bien trop flagrant pour la plupart.
    Un fidèle de la paroisse Saint Augustin de Lemba s’interrogeait à haute-voix, dimanche 21 janvier dernier, à l’issue de la marche organisée encore une fois à l’appel du CLC : « Finalement, Dieu est avec qui. Avec ceux des fidèles qui érigent des basiliques à sa gloire, comme la 1ère Dame de la RD Congo, Olive Lembe Kabila ? Ou avec nous qui marchons sans succès contre les autorités politiques de la place ? ». Question lancinante que beaucoup se posent sous diverses formes sans doute, mais qui révèle le désarroi dans lequel les fidèles végètent.
    Et ce ne sont pas les dernières déclarations qui rasséréneront les esprits. Réagissant aux incidents consécutifs à la dernière marche convoquée par l’archevêché de Kinshasa mercredi 24 janvier 2018, le Pape François a lancé un nouvel appel au calme en RD Congo : « Je renouvelle mon appel pour que tous s’emploient à éviter toute forme de violence », a déclaré le Souverain Pontife, qui a tout de même tenté de sauver la face de son église au pays de Lumumba : « Pour sa part, l’Eglise ne veut rien d’autre que contribuer à la paix et au bien commun de la société ». La paix et le bien commun en appelant les populations à faire dégager le pouvoir en place dont les animateurs sont traités de médiocres par un de ses proches conseillers, le Cardinal-archevêque de Kinshasa ? Difficile à avaler, même de la bouche de sa Sainteté le Pape.
    D’autant plus que mardi 23 janvier, soit 24 heures avant l’appel papal, le prélat kinois condamnait unilatéralement les forces de l’ordre et … les autorités accusés d’avoir provoqué morts d’hommes en imposant le maintien de l’ordre public. Et se laissait aller à des vils mensonges, dignes des plus médiocres des acteurs politiques du pays : «Comment peut-on tuer des hommes, des femmes, des enfants, jeunes et vieux scandant cantiques religieux, munis des bibles, chapelets, crucifix ? », s’est écrié cet homme de Dieu décidemment descendu assez bas. Parce que les victimes des manifestations organisées à l’appel d’une structure-pirate de l’église catholique à Kinshasa sont surtout des délinquants et des casseurs appelés à la rescousse . Mais aussi, parce que les hommes, femmes et enfants … ont pris part à une manifestation de défiance dont les organisateurs ont refusé de communiquer les itinéraires dans le but d’empêcher tout encadrement par les forces de l’ordre.
    Il y a de quoi faire vaciller les plus solides des fidélités en l’église catholique « une » et « sainte ».
    J.N.

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