EGLISE CATHOLIQUE – MAJORITE PRESIDENTIELLE : La gué-guerre remonte à 2011

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    Evêques de la CENCO en septembre 2017

    En RD Congo, si les rapports entre une partie des princes de l’église catholique romaine emmenée par le cardinal Laurent Monsengwo et le pouvoir politique détenu par Joseph Kabila et sa majorité présidentielle ont viré à l’affrontement depuis la dernière session plénière de la Conférence Episcopale Nationale Souveraine (CENCO) au mois de juin 2017, les assauts de certains princes de la principale confession religieuse rd congolaise contre le pouvoir temporel remontent à beaucoup plus loin dans le temps.
    Dans ce qu’elle présente comme « une mission prophétique » mais qui dans la pratique érige l’église catholique romaine en contre-pouvoir d’obédience occidentale – et principalement belge – en RD Congo, la CENCO s’arroge un droit de censure et de veto sur tout ce qui touche à la vie politique dans ce pays. Une tendance qui avait déjà été observée à l’aube de l’indépendance lorsque Patrice Lumumba, l’intrépide leader indépendantiste, vainqueur des premières élections démocratiques de 1960 fut pris à partie avec une rare virulence par des hiérarques catholiques l’accusant abusivement de vouloir « imposer le communisme », un système qu’il définissait fallacieusement comme « l’appropriation de tous les biens d’une personne, y compris, sa femme par tout le monde » (sic !). Un accent particulier de cette guéguerre a été mis en 2006, par le défunt cardinal Frédéric Etsou qui s’était estimé, sans titre ni droit, en droit de contester les résultats du premier scrutin présidentiel organisé dans le cadre des premières élections libres, crédibles et transparentes depuis l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale en 1960 qu’il déclara avoir été gagné par son « frère tribal » Jean-Pierre Bemba, ce qui entraîna une action armée de ce dernier contre Joseph Kabila, vainqueur proclamé par la Commission électoral. La « mission prophétique » du vieux cardinal, n’était en réalité que la manifestation de solidarité ethno-tribale…
    Mission prophétique électorale
    Laurent Monsengwo Pasinya, son successeur aussi bien dans la dignité cardinalice qu’à la tête de l’immense archidiocèse de Kinshasa, semble lui aussi n’avoir jamais assez fait le deuil de ces incantations prophétiques teintées de motivations personnelles. Plus encore que son prédécesseur, le cardinal-archevêque sortant de Kinshasa a transformé la prétendue « mission prophétique » de l’église catholique romaine en « actions prophétiques » de portée exclusivement politique, au point d’être surnommé « cardinal-afande » (cardinal commandant). Ce n’est plus qu’un secret de polichinelle, qu’il en soit le président comme cela est déjà arrivé à plus de trois reprises, ou pas, de la CENCO, Laurent Monsengwo fait ce qu’il entend en y plaçant des hommes de confiance aux postes et fonctions-clés. Sa croisade contre le pouvoir kabiliste, c’est d’abord sous le couvert de cette assemblée des calottes sacrées nationales qu’il l’entreprend.
    La hantise de la modification constitutionnelle
    Dès le mois de mars 2011, il a fait publier une exhortation cléricale : « Année électorale : que devons-nous faire ? », le document présenté comme une exhortation du Comité permanent de la Conférence Episcopale (CENCO) aux fidèles catholiques, aux hommes et aux femmes de bonne volonté, se révélait en réalité une condamnation de la modification constitutionnelle intervenue quelques mois plus tôt à l’initiative de Joseph Kabila et de sa majorité vainqueur des législatives et de la présidentielle de 2006. « La Constitution a été révisée. La CENCO en prend acte, mais elle ne saurait s’empêcher de relever que la Constitution, gage du consensus national laborieusement obtenu et retrouvé, approuvée par référendum, a été révisée de manière précipitée et expéditive », condament les évêques catholiques, comme s’il était stipulé quelque part qu’ils auraient dû être consultés préalablement. « Nous craignons que cette révision ne prélude à d’autres qui conduiraient au retour du monopartisme, à la fin de la démocratie et à l’instauration d’une nouvelle dictature », avançaient déjà leurs Excellences dès mars 2011. 7 ans après, il ne semble pas que cette espèce de « vision prophétique » qui ressemble à s’y méprendre à une idée fixe ait été modifiée d’un iota.
    Les résultats prophétiques de Monsengwo
    En janvier 2012, 3 mois après la présidentielle et les législatives qui ont de nouveau porté Joseph Kabila et sa majorité présidentielle au pouvoir, les évêques catholiques rd congolais se remettent à l’ouvrage et larguent une déclaration sur la fraude électorale. « Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques, membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), avons, dans un travail concerté, analysé le rapport d’observation électorale menée par notre Eglise. Dans la prière et dans la foi en l’avenir heureux de notre pays, nous adressons ce message à nos fidèles et à l’ensemble du peuple congolais pour tirer des leçons du processus électoral en cours », assurent les évêques en guise d’introduction. Avant de féliciter le gouvernement « qui a réussi à financer en grande partie ces élections ». « Cela montre que nous pouvons réussir la construction de notre pays si nous y mettons les moyens et la bonne volonté », se réjouissent les prélats, un peu pour réparer les dégâts causés par un des leurs, le Cardinal Archevêque de Kinshasa. Parce que Laurent Monsengwo avait lancé deux assauts d’une rare violence contre le pouvoir le 8 et le 12 décembre 2011 : la première en se servant du secrétariat général de la CENCO qui publiait une mise au point faisant état d’irrégularités et de faiblesses dans l’organisation des élections, comme s’il pouvait en être autrement dans un pays immense comme la RD Congo ; la seconde, c’est cette déclaration du 12 décembre 2011 à travers laquelle le Cardinal prenait la lourde responsabilité de décréter que les résultats proclamés, la victoire de Joseph Kabila donc, n’étaient pas conformes à la vérité.
    La bataille politique
    Deux mois après les dégâts causés par l’engagement politique excessif de leur collègue de Kinshasa, les évêques de la CENCO assurent que « nous n’entendons pas prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Nous ne plaidons pas non plus pour un parti politique. Comme le recommande le Pape Benoît XVI, « l’Eglise ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’Etat, mais elle ne peut et ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice … »
    En février 2013, les prélats reviennent à la charge à travers un « Mémorandum au Président de la République sur l’état actuel de la Nation ». « La CENCO est fermement opposée à toute tentative de modification de l’article 220, article verrouillé dans notre Constitution qui stipule : « La forme républicaine de l’Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l’indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle » », ordonnent-ils quasiment.
    4 ans plus tard, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts en RD Congo. La constitution n’a pas été modifiée d’un iota, mais cela n’a pas empêché les évêques de l’église catholique de pousser leur activisme politicien jusqu’aux appels au djihad (guerre sainte) contre le pouvoir en place lancés par la CENCO depuis le mois de juin 2017. La mission prophétique a muté en mission révolutionnaire violente.
    J.N.

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