DEDOUBLEMENT DES RESULTATS ELECTORAUX PAR LA CENCO : Fayulu, « vainqueur » longtemps avant le scrutin !

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Martin Fayulu, avec le Cardinal Monsengwo à Kinshasa

Ils n’en démordent pas, les prélats de la CENCO, malgré la quasi-unanimité autour de la victoire à l’élection présidentielle de Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi en RDC et dans la communauté internationale. Pour ces princes de l’église qui conduisent les affaires de leurs congrégations d’une main trempée dans le dogmatisme le plus épais, rien à faire, c’est Martin Fayulu ou… la rébellion. Malgré l’envoi en touche par le Pape François de leur mentor Laurent Monsengwo Pasinya, le Cardinal et désormais ancien archevêque de Kinshasa, connu pour son irascible détestation de tout pouvoir en provenance ou proche de l’Est de la RD Congo. L’enfer de la géopolitique est de nature à diviser les princes et les fidèles de l’église, et les divise déjà de fait, en fait : c’est connu, chez les ‘cathos’, chaque évêque est ‘Maître après Dieu’ en son diocèse. Les têtes couronnées de la « toute puissante église catholique congolaise » ne sont pas exclusivement issues des provinces de l’ouest monsenguistes, et n’apprécient que modérément les fatwas géographiquement motivées que le cardinal a léguées à son successeur dans l’archevêché de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, lui aussi un combattant de la prépotence de l’Ouest.
Dissonance parmi les princes de l’église
A Mbujimayi dans la province du Kasai Oriental, fief des Tshisekedi père et fils, une messe de célébration en l’honneur de la victoire du fils du terroir à la présidentielle du 30 décembre 2018 a été célébrée sans ambages et plutôt avec faste, le 13 janvier 2019 par l’ordinaire du lieu, Mgr Emmanuel Bernard Kasanda, « pour consacrer à Dieu, le nouveau président de la République Démocratique du Congo … et tous les autres fils et filles de la province élus à la députation nationale et provinciale», selon le bureau de la chancellerie diocésaine.
Célébrée dans la Cathédrale Saint Jean-Baptiste Bonzola de la capitale diamantifère par divers prêtres de toutes les paroisses du diocèse, le culte entendait confier le mandat de l’heureux élu « … à la protection de Dieu » parce que « c’est la toute première fois dans l’histoire du pays qu’un digne fils du Kasai est élevé à la magistrature suprême », justifiait-on ici. « En attendant la publication des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle, offrons au Seigneur le président élu Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Il symbolise aujourd’hui l’alternance tant attendue. Offrons-le au Seigneur pour lui obtenir la sagesse, le discernement et la patience », a tonné onctueusement Mgr Kasanda devant des milliers de fidèles aux anges entre deux cantiques.
Sons de cloches opposants à Kinshasa
Les voies divines sont insondables, sous tous les cieux. Pas ceux des princes de l’église catholique rd congolaise. Parce que dans le même temps, à Kinshasa, les princes de la même église catholique étaient engoncés jusqu’au cou dans une croisade féroce contre l’élection de l’élu dont le « tort » à leurs yeux semble d’être kasaïen. Mardi 22 janvier 2019, l’archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, faisait gicler aux quatre vents ses anathèmes habituels avant la prestation de serment du nouveau chef d’Etat prévue 48 heures plus tard, le 24 janvier au Palais de la Nation. « Je crains fortement que le même système continue avec le nouveau président (…). L’unique message, qu’il n’oublie pas d’où il vient. Il vient du peuple. Le peuple souffre. Qu’il n’oublie pas le combat du peuple », a-t-il psalmodié doctement devant les caméras de nos confrères de France 24.
Pas de quartier pour le nouveau Président de la République parmi les princes occidentaux de l’église catholique qui commandent la CENCO, donc. Le remplaçant du cardinal Laurent Monsengwo déclinant à l’occasion, avec une inhabituelle fermeté, l’invitation qui lui avait été aimablement adressée par les autorités nationales à la cérémonie de prestation de serment du 5ème Président de la République Démocratique du Congo. « Une invitation n’est pas une convocation ! » a-t-il lancé à la cantonade, goguenard. Que cette invitation soit venue du peuple (de Dieu) selon son propre aveu ne pouvait faire fléchir son désamour pour tout ce qui sent, directement ou indirectement, le souffre de l’Est abhorré. « Décidément les peuples sont géographiques dans la sainte église catholique de la RD Congo », ironisait, plutôt dégoûté, un intellectuel catholique proche de l’UDPS, qui se confiait à nos rédactions.
Un rapport « d’observation » publié opportunément
Comme par hasard, mercredi 23 janvier 2019, quelques heures après les imprécations de l’archevêque de Kinshasa contre le nouveau Chef de l’Etat de la RD Congo que la CENCO portait à bout de bras lorsqu’il convolait en justes noces avec Martin Fayulu, la nouvelle coqueluche de ces excellences, était publié à nouveau un rapport de la mission d’observation électorale de … l’église catholique. Dont le trait principal consistait en la proclamation de la victoire de Martin Fayulu Madidi. Ce rapport pour les besoins de la cause rangeait Félix Tshilombo Tshisekedi bon dernier derrière le candidat FCC Emmanuel Ramazani Shadary, étant crédité de quelques pauvres 16,3 % de voix. Une publication opportunément larguée comme pour justifier le refus des princes occidentaux – et pro-occidentaux – de l’église catholique kinoise d’honorer de leur présence la cérémonie de prestation de serment du 24 janvier 2019.
Un chef-d’œuvre d’usurpation et d’escroquerie canonique, que ce rapport d’observation derrière lequel se dissimule maladroitement un parti-pris politique parmi les enfants de … Dieu. Ce que l’église catholique de la RD Congo et sa conférence épiscopale présentent comme un rapport d’observation électorale étant en réalité un assemblage hétéroclites d’éléments récoltés pour proclamer élu un candidat à la présidentielle du 30 décembre 2018. L’ouvrage signé de la main de l’inénarrable Abbé Donatien Nshole assure que Martin Fayulu aurait obtenu 62 % de voix, contre 16,88 % pour Félix Tshisekedi, 16,93 % pour Emmanuel Ramazani Shadary, et 4 % pour tous les autres candidats à la même élection. Foi des « procès-verbaux » des bureaux de vote qui consacreraient, à l’en croire, le choix d’un candidat, selon ce qui est présenté comme une synthèse de 39.000 rapports reçus d’observateurs des scrutins combinés présidentielle, législatives nationale et provinciale.
Bureaux de vote ou confessionnaux ?
Données issues de bureaux de vote ? Certainement pas. Et c’est, selon tous les experts contactés par nos reporters, la première et principale escroquerie cléricale. Parce que les missions d’observation électorale n’ont pas accès à quelque procès-verbal que ce soit, au terme de la loi et des règlements en vigueur en RDC. La mission d’observation catholique ne faisant pas exception à cette règle s’est donc carrément – et illégitimement – muée en une véritable commission électorale parallèle, sans droit ni qualité. Avant d’entreprendre de distribuer, longtemps avant la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) les résultats de ses « compilation de résultats » aux chancelleries des pays occidentaux qui lui avaient généreusement versé moult dons et financements pour ce faire.
Tout se passe comme si ces catholiques, dans le but de justifier ces prébendes faramineuses avaient, en réalité, produits deux rapports dits d’observation électorale : un pour la consommation intérieure rendu public à Kinshasa, et un autre pour la consommation extérieure, dont se sont abondamment servis les milieux politiques et mercantilistes ainsi que des médias globaux qui leur sont associés au sein de l’Union Européenne (RFI, TV5, France 24, AFP …). Ce dernier proclamait carrément Martin Fayulu vainqueur de l’élection présidentielle rd congolaise.
Escroquerie politique et matérielle
Doublée d’escroquerie politique et matérielle, cette usurpation catholique ne résiste pas à un examen sérieux. C’est ce qui justifie sans doute les ralliements de dernière minute de la communauté internationale aux résultats, techniquement plus fiables, de la CENI.
En revendiquant la bagatelle de 39.000 rapports d’observations reçus aux lendemains des scrutins du 30 décembre dernier, la CENCO tentait en manifestement d’accréditer l’idée fausse, également répandue par elle, d’avoir déployé 41.026 observateurs électoraux, dont 1.026 observateurs de long terme. Une opération sans doute destinée à remplir fallacieusement les exigences de redevabilité par rapport aux fonds reçus des bailleurs de fonds européens qui s’étaient rabattus sur l’église catholique pour contourner le refus par Kinshasa du moindre soutien à l’organisation des scrutins pour raison de souveraineté.
L’escroquerie a très vite été éventrée … par la CENI elle-même qui a assuré sans avoir été contredite à ce jour n’avoir jamais accréditée que quelques 17.000 observateurs pour le compte de la mission d’observation catholique. De fait seulement 15.000 ont été aperçus sur le terrain, selon plusieurs sources proches de la centrale électorale. Trop peu pour couvrir près de 80.000 bureaux de vote actifs sur toute l’étendue de la RD Congo dont parle les porte-voix de la CENCO.
Déploiement inégal et défectueux des témoins
Les officiels de la CENI en charge du monitoring des observateurs électoraux font état d’un déploiement particulièrement inégal. A Kinshasa, les catholiques n’avaient déployé que 18,20 % d’observateurs ; au Kwilu, 13,26 % ; à l’Equateur, 8, 12 % ; dans le Haut Katanga, 5,62 % ; dans la Tshopo, 5,51 % ; au Kasai Oriental, fief de Félix Tshisekedi, 1,07 % ; au Maniema, fief d’Emmanuel Ramazani, 1,06 % ; au Sud-Kivu, fief CACH de Vital Kamerhe, 0,69 % ; et au Kasai, autre fief tshisekediste, 0,03 %.
La mission d’observation électorale de la CENCO a ainsi zappé les provinces du Haut-Uélé, du Bas-Uélé, de l’Ituri, du Kwango, du Mai-Ndombe, du Sankuru, de la Lomami, du Tanganyika, du Lualaba … où les voix des électeurs évoquées par le (faux) rapport de l’épiscopat semble avoir une origine… divine. On nage en plein dans l’arbitraire du choix du « vainqueur » vanté et promené sous tous les cieux longtemps avant la CENI. Dans l’ensemble, les observateurs catholiques n’ont, avec toute la bonne volonté du monde, pu couvrir plus de 30.000 bureaux de vote sur les 74.000 actifs le 30 avril 2018. Insuffisant, très insuffisant pour se permettre de décréter un vainqueur, fût-il élu des cieux, et même en élevant des « procès-verbaux » mystérieux au rang d’extraits bibliques.
Pour nombre d’observateurs de l’arène politique rd congolaise, le choix du candidat de la coalition « Lamuka » à la présidentielle 2018 procède d’une option prise depuis belle lurette de « dégager » Kabila, qualifié grossièrement de « médiocre », par l’ancien cardinal kinois Laurent Monsengwo Pasinya et de le remplacer par une personnalité toute acquise aux intérêts des généreux sponsors de la CENCO. Rangée avec son fameux « Plan B » derrière l’opposition politique la plus radicale et la moins patriotique contre le pouvoir des Kabila père et fils … issu de l’Est du pays et hostile aux intérêts … occidentaux, certains princes de l’église catholique ont de la sorte pris le parti de changer cette donne géographique. Et de pousser le pion Fayulu.
J.N.

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