DECEMBRE 2015 – DECEMBRE 2017 : Deux ans d’une opposition sans boussole

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    Des opposants, membres du Rassemblement, lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo.

    Les craintes émises à l’apparition du G7 se confirment finalement : les ex-sociétaires de la MP ont réalisé l’exploit de mettre sous leur coupe les forces politiques et sociales les plus en vue de l’Opposition radicale, à commencer par l’Udps
    Le 10 décembre 2015 est une date à retenir. C’est, en effet, ce jour-là à Paris, devant des médias, que Félix Antoine Tshilombo (avec à ses côtés un certain Samy Badibanga) et Moïse Katumbi (flanqué de son homme de confiance Salomon Idi Kalonda Della) avaient décidé d’une coalition anti-Dialogue alors que dix jours plus tôt, précisément le 1er décembre 2015, à Bruxelles où il était en soins de santé, Etienne Tshisekedi venait de signer un communiqué en 9 points par lequel le parti prenait «acte de l’annonce de Monsieur Joseph Kabila du 28 novembre 2015 relative au Dialogue National» ; priait «instamment le Secrétaire Général des Nations-Unies de désigner un Facilitateur…» ; et affirmait que «si les exigences légitimes exprimées ci-dessus, et réitérées plusieurs fois depuis déjà de longs mois, sont rencontrées, le parti se tient prêt à s’engager concrètement dans le dialogue politique dont les objectifs principaux recherchés sont : ‘L’élaboration d’un calendrier électoral réaliste et consensuel, qui tient compte des délais constitutionnels», «L’organisation d’un processus électoral crédible et dans un climat apaisé» et «Le transfert pacifique du pouvoir, dans le respect de l’expression de notre peuple»…
    L’histoire devra retenir pour la postérité que deux jours après la rencontre «Katumbi-Fatshi» du 10 décembre 2015 à Paris, les forces politiques et sociales coalisées s’étaient réunies du 12 au 15 décembre à Ile de Gorée sous le thème «Les élections et les processus démocratiques en Afrique subsaharienne».
    Il se révéla seulement que «initiés» par Filimbi et Lucha et financés par les fondations allemande Konrad Adenauer et sud-africaine Brenthurst, les travaux dont les débats étaient censés rester secrets connaîtront parmi les acteurs politiques annoncés «Félix Tshisekedi et Samy Badibanga, pour l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Vital Karmerhe, pour l’Union pour la nation congolaise (UNC), Eve Bazaiba pour le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), Martin Fayulu pour les Forces acquises au changement (FAC), Olivier Kamitatu, pour le ‘G7’, ou encore l’Abbé Léonard Santedi, pour l’Église catholique», selon Jeune Afrique dans sa livraison du 11 décembre 2015, c’est-à-dire juste après le tête-à-tête de la veille à Paris. La Cenco avait vite fait de s’en retirer.
    On notera que la modération sera notamment assurée par Jean-Jacques Wondo, un compatriote rd congolais qui passe pour un spécialiste des questions militaires et sécuritaires congolaises. En plus, le directeur de la fondation Brenthurst, Greg Mills, sera identifié parmi les étrangers qui prônent la balkanisation de la RD Congo. Cette barbouze avait fait l’Afghanistan et le Pakistan. En 2008, il deviendra même conseiller militaire de Paul Kagame. Un cocktail redoutable qui a ôté à la rencontre de l’île de Gorée toute dimension démocratique.
    C’est l’herbe qui en pâtit
    Deux ans après – bientôt le 10 décembre 2017 – il est tout à fait normal pour tout observateur avisé s’interroge sur le bilan de la coalition «G7-Udps».
    Premier constat : le G7 n’a procédé à aucun nouveau recrutement au cours de ces 23 derniers mois et demi. Ce n’est pas faute d’avoir exercé quelque attrait sur l’une ou l’autre des forces politiques et sociales acquises à l’Opposition radicale. Vraisemblablement, il a préféré garder sa composition pour rester fidèle à la lettre et à l’esprit de sa création.
    Deuxième constat : le G7 s’est imposé à l’Udps. Contrairement à ce qu’avancent les Tshisekedistes, le conclave de Bruxelles-Genval n’a jamais été l’initiative du lider maximo. C’est le G7 qui, par le canal de Moïse Katumbi, a «vendu» l’idée à Thomas Pierrello et à Didier Reynders. Tous savaient Etienne Tshisekedi très malade et, comme on dit, à l’article de la mort. Tout le monde a d’ailleurs vu le Sphinx marcher péniblement à l’entrée et à la sortie du Château du Lac.
    Troisième constat : le G7 a pratiquement précipité la dégradation de l’état de santé du président du Conseil des sages du «Rassemblement». Au congrès de l’Udps, il faut s’attendre à ce qu’une voix crie fort pour réclamer la vérité. Après tout, du conclave de Bruxelles-Genval tenu du 8 au 10 juin 2016, Etienne Tshisekedi va être ramené à Kinshasa le 27 juillet, conduit Bd Triomphal pour le meeting le 31 juillet, entraîné au centre interdiocésain dans le cadre de la médiation Cenco le 6 décembre et ramené précipitamment sur Bruxelles le 24 janvier 2017 pour y mourir le 1er février.
    Surtout, la nuit du 19 au 20 décembre 2016, on l’a vu adresser à la population un message préenregistré qualifié à raison de «vidéo-suicide» : à peine pouvait-il articuler les mots et tenir le papier.
    Quatrième constat : le G7, qui a incité Etienne Tshisekedi à nommer un Udépésien au poste de Premier ministre, a jeté son dévolu sur Félix Antoine Tshilombo et confirmé l’existence d’une correspondance dans ce sens, correspondance jamais rendue publique. Un courageux pourrait en réclamer la lecture au congrès de l’Udps.
    Cinquième constat : le G7 a quasiment arraché à l’Udps le poste de président du Conseil des sages, refilant à Félix Antoine Tshilombo une présidence protocolaire. Il a même suscité la scission au sein de la famille politique et biologique pourtant orpheline.
    Bref, le G7 a, comme qui dirait, littéralement tué le parti phare de l’opposition radicale, un parti qui a cru, par la seule volonté de Félix Antoine Tshilombo, gagner du rapprochement avec les ex-sociétaires de la Mp.
    Peut-être qu’à Paris, le 10 décembre 2015, Moïse Katumbi – fort des assurances de son lobbying international – avait convaincu Fatshi des assurances de la chute de Joseph Kabila en 2016 !
    Le fait est que l’Udps ressemble aujourd’hui à l’herbe qui pâtit de la bataille de deux éléphants, en l’occurrence les ex-sociétaires et les sociétaires de la Mp.
    Débattre du bilan
    Ce n’est pourtant pas la première fois que l’UDPS est pris en étau dans une «guerre fratricide». En 1991, à la naissance de l’Udi (derniers Mobutistes à lâcher Mobutu), Etienne Tshisekedi avait ouvert l’opposition aux Kengistes. L’Union sacrée fut renforcée avec l’expertise et le portefeuille de ces dissidents.
    Hélas ! : par l’Udi vint la troisième voie initiée par Monseigneur Laurent Monsengwo : Ni schéma «Conférence nationale souveraine», ni schéma «Conclave politique de Kinshasa». D’où les Accords du Palais du peuple de 1994 qui ramenèrent « L’homme de la rigueur » à la primature.
    A l’époque, Fatshi avait juste 27 ans.
    De l’Udi, il y a aujourd’hui un rescapé au sein du G7 : Christophe Lutundula, l’égérie des Katumbistes.
    Il y a seulement lieu de retenir que le leadership «G7-UDPS» n’a pas fait avancer le processus démocratique, ni électoral au cours de ces deux dernières années. Au contraire, le lobbying international de Moïse Katumbi – sur fond non pas d’idée mais de sous – a sérieusement entamé la foi des Congolais en eux-mêmes.
    Ce lobbying a même fait pire : en amont, il a séparé l’Eglise congolaise et en aval la jeunesse congolaise. On doit bien se demander, avec les «miettes» que reçoivent les «mouvements pro-démocratie» et les activistes des ONGDH comment vont-ils résister demain lorsque les «généreux sponsors» leur mettront sous le nez de gros contrats à signer.
    Le 10 décembre 2017, il sera bien difficile d’éviter le débat autour du bilan de la coalition «G7-UDPS».
    strong>Omer Nsongo die Lema avec Le Maximum

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