D’ADMINISTRATEUR DE TERRITOIRE A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE : Shadary, l’ascension d’un homme de terrain

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    En tenue de "tout le monde", devant un policeman figé au garde-à-vous, quelque part dans l'immense Congo profond.

    A l’annonce de sa désignation comme candidat du Front Commun pour le Congo (FCC) à la prochaine présidentielle, mercredi 8 août 2018, peu en RD Congo ont songé à contester les qualités intrinsèques d’Emmanuel Ramazani Shadary pour le ‘top job’ qui semble lui être destiné au regard de la déshérence de l’opposition à laquelle il se trouvera confronté le 23 décembre prochain. L’homme a, en effet, plus que fait ses preuves ces dernières années, y compris en matière de loyauté, qualité qui se raréfie dans la classe politique en RD Congo. En avril dernier encore, l’élu de Kabambare dans la province du Maniema (2006 et 2011) assurait à la presse qu’il se représenterait aux législatives dans son fief électoral, alors qu’il abattait déjà un travail de titan en revitalisant le PPRD, le parti présidentiel, à travers la quasi-totalité du territoire national. Avec le recul, il apparaît que Joseph Kabila, autorité morale aussi bien du PPRD que de la Majorité Présidentielle et du FCC, avait sans doute jeté son dévolu sur cet intellectuel doublé d’un homme de terrain. Même s’il a bien fallu, par la suite, que l’homme remplisse les 11 critères choisis par le Chef de l’Etat rd congolais pour postuler à la candidature au nom du groupe politique porteur de sa vision.
    Victime d’un remaniement ministériel ?
    C’était un peu à la surprise générale qu’Emmanuel Ramazani Shadary, jusque-là vice-premier ministre et ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité, avait fait les frais d’un mini-remaniement ministériel qui lui fit quitter, seul, le gouvernement où il avait été remplacé par Henri Mova Sakanyi alors qu’il venait quasiment de relever le pari d’imposer la paix dans les provinces kasaïennes engluées dans une sanglante offensive terroriste et d’étouffer les tentatives d’insurrections populaires à Kinshasa et dans certaines villes du pays, le 26 décembre 2017. Mais quelques jours plus tard, Ramazani Shadary sera nommé par Kabila secrétaire permanent du PPRD, le parti du Président. Et quelques semaines après, à peine, le parti présidentiel subit une restructuration en profondeur qui fait du secrétariat permanent un organe d’exécution, de coordination des activités et des programmes du parti, chapeauté désormais par un président en la personne de … Joseph Kabila. Aux termes des statuts révisés le 26 janvier 2018, le secrétaire permanent assure la gestion quotidienne et exerce toute autre fonction lui déléguée par le président du parti.
    Dans l’opinion en RD Congo, d’aucuns se demandent si le nouveau patron de l’exécutif du PPRD n’est pas en disgrâce. Mais Ramazani, lui, n’en a cure. L’homme entreprend la mise en œuvre de ses nouvelles tâches politiques en désignant des animateurs des nouvelles structures du parti, ce qui l’emmène à sillonner la quasi-totalité du territoire national aux fins d’implantation et de revitalisation. Non sans faire sensation. Alors que la polémique sur ce qu’on a appelé « l’avenir politique de Joseph Kabila » fait rage, le secrétaire permanent du PPRD se fend d’un slogan qui frappe d’autant plus qu’il n’est pas adressé à l’oreille d’un sourd : « Kabila, Notre Président ! », assure-t-il aux militants du parti. Le propos plonge les états-majors des partis politiques de l’opposition et une certaine communauté internationale dans l’émoi. Mais il n’en demeure pas moins vrai : Joseph Kabila est, en effet, le président…. du PPRD depuis janvier 2018 ! La semaine dernière encore, le secrétaire permanent haranguait foules dans l’ex province de l’Equateur, où il offrait un poste-émetteur à la section locale du PPRD en vue des prochaines élections. Pour lesquelles il a été chargé de l’entérinement des dossiers des candidatures aux législatives nationales et provinciales : c’est le patron de l’ensemble des futurs élus pprdiens qui a été désigné candidat à la présidentielle mercredi dernier à Kinshasa.
    Homme de terrain
    Le terrain politique, Ramazani Shadary ne le découvre pas à Kinshasa, a proprement parler. Alors qu’il sort fraîchement de la faculté des sciences politiques et administratives de l’Université de Lubumbashi, le jeune Emmanuel Ramazani participe à la Conférence Nationale Souveraine au début des années ’90 dans les rangs de l’UDPS encore unie autour des 13 parlementaires antimobutistes. Plutôt que de verser dans une carrière politique médiatique à Kinshasa comme nombre de ses congénères, il retourne dans son Kabambare natal où, sans complexes d’universitaire surdoué (il a accumulé les prix de distinction tout au long de ses études à l’UNILU), il entame par le bas une carrière dans l’administration du territoire. Comme administrateur de territoire adjoint, puis administrateur de territoire titulaire à Kabambare, rapportent ses biographes. Il gravit rapidement l’échelle puisque, entre 1998 et 2002, il est vice-gouverneur et gouverneur du Maniema. Rien de mieux pour se faire connaître et apprécier, et l’homme ne peine manifestement pas trop à se faire élire député de sa circonscription électorale d’origine en 2006 et en 2011 pour le compte du PPRD.
    A l’Assemblée Nationale, Ramazani ne peine pas non plus à prendre les rênes du groupe parlementaire PPRD, de diriger la commission PAJ et de coordonner la représentation nationale pour le compte de la Majorité Présidentielle : c’est la voie ouverte sur l’entrée au gouvernement. Décembre 2016, Emmanuel Ramazani Shadary est nommé vice-premier ministre et ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité en remplacement d’un autre PPRD, le professeur de droit Evariste Boshab.
    Difficile de faire mieux. Les adversaires du candidat du FCC à la présidentielle auront fort à faire avec un acteur politique aussi intelligent qu’expérimenté, qui connaît le Congo profond et n’a pas sa langue dans la poche.
    J.N.

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