Economie

CREDITS AGRICOLES : L’Etat dilapide, les banques prêtent et gagnent

Alors que l’Etat rd congolais peine à relancer la Banque des Crédits Agricoles, BCA, qu’il a pourtant reprise, janvier 2016, parmi ses 28 mesures urgentes, des banques commerciales prêtent et gagnent dans le secteur agricole.
Equity Bank ex-Procrédit dit disposer d’un encours crédits de 250 millions USD qu’elle a mis à la disposition des entreprises, notamment des PME et micro-entreprises du secteur agricole. Pour ce faire, la banque a notamment déployé ses agents focaux dans l’arrière-pays, selon M. Djedje Kungula Makoso, responsable de l’unité agrobusiness à Equity Bank. Le secteur agricole emploierait jusqu’à 60 % de la population en RD Congo. Equity a levé l’option d’accorder non seulement des facilités de financement aux entreprises agricoles mais aussi des orientations à tout entrepreneur du secteur en fonction notamment de la taille de son entreprise. Ainsi, à l’Est du pays, par exemple, à Kalehe, à Bukavu, des microentreprises qui se sont organisées en coopératives ont dû bénéficier chacune des prêts de 100 à 50 USD alors que le plafond fixé par la banque est de 2.000 USD. A Tshela, dans le Kongo central, la banque qui se veut un partenaire financier à l’écoute de ses clients, a notamment financé la relance des cultures du café et du cacao, grâce notamment à l’accompagnement des organisations non gouvernementales, ONG. A ce jour, foi de M. Kungula, le caféiculteur qui n’arrivait pas à remplir la moitié d’un conteneur de sacs de café, réalise une production de 5 conteneurs ! Pour sa part, Afriland First Bank soutient avoir investi 10,4 millions USD dans le domaine agricole en RD Congo. Selon son directeur-général adjoint, Patrick Kafindo, Afriland First Bank a la ferme volonté d’accompagner l’Etat dans l’implantation des projets visant à lutter contre la pauvreté en milieu rural. Et de poursuivre, «Notre expérience dans le financement du secteur agricole et l’élargissement de notre réseau d’agences dans les provinces à vocation agricole, démontre à suffisance notre intérêt d’intégrer les zones rurales dans le processus du développement ». Avec son portefeuille de crédits destinés au secteur agricole, Afriland First Bank a offert un prêt à 246 exploitants agricoles. Des emprunts à rembourser après une période de 3ans au taux de 12% l’an. A ce jour, les provinces bénéficiaires des crédits agricoles sont le Lualaba, le Tanganyika, le Haut-Lomami et le Sud-Ubangi. Advans Bank offre également des crédits agricoles d’une durée de 3 à 24 mois, le montant de ces crédits varie de 500 à 14.999 USD. En matière des crédits agricoles, l’Etat rd congolais s’est plutôt illustré ces dernières années par des gâchis: achetés à grand frais, des tracteurs ont été distribués à des non-exploitants agricoles, bien souvent des députés et des ministres. Un tracteur estampillé «don du gouvernement à la population de Bandundu» est ainsi resté à Kinshasa et ache- miné sur les hauteurs de Binza, où il a plutôt servi à débrayer le terrain de la résidence d’un député devenu ministre par la suite. Mi-2018, la RD Congo a reçu de ses partenaires un prêt de 80 millions USD en vue de relancer l’agriculture. Officiellement, l’Etat compte créer un Fonds de 120 millions pour financer le secteur agricole, avec l’appui des banques commerciales. Mais cette demande n’a nullement été formulée auprès des banques commerciales dont Equity Bank, que Le Maximum a interrogé. Des tracteurs pour leurs Excellences et honorables. Hélas, l’Etat continue de s’emmêler les pinceaux. Le Réseau gouvernance économique et démocratie, une mouvance de la société civile, estime que l’implantation de nouveaux parcs agro-industriels devrait être suspendue tant qu’une évaluation du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, projet pilote, ne sera pas effectuée et conclue. Ce qui permettrait de capitaliser les leçons à tirer avant la création d’autres parcs agro-industriels pour l’avenir. Faute d’investissements, les potentialités agricoles rd congolaises pourraient devenir porteuses des risques sécuritaires au regard non seulement du fait du réchauffe- ment climatique qui a créé des réfugiés d’un genre nouveau, (Mbororos, Maldives, etc.,) mais aussi du fait des besoins en terres agricoles exprimés par des majors industriels prêts à tout pour occuper gagner des espaces arables. Il y a 10 ans, en marge du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire de la FAO à New York, les altermondialistes avaient dénoncé le phénomène d’accaparement des terres dorénavant encouragé par des gouvernements de pays riches dans de nombreux pays du Sud, tout particulièrement en Afrique, où selon un rapport, existent encore d’importantes réserves de terres sous-exploitées, non exploitées ou supposées vierges et disponibles à bas prix. On rapporte à ce sujet que la Chine aurait en catimini multiplié des accords fonciers, sous le label doucereux d’accords de coopération agricole avec la République Démocratique du Congo. Pékin aurait ainsi obtenu 2,8 millions hectares pour y implanter la plus grande palmeraie du monde. Kinshasa n’a jamais démenti cette information.
POLD LEVI MAWEJA K.

Partagez cet article