COUPE DU MONDE 2018 : Leçons de France pour l’Afrique

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    Presnel Kimpembe

    Le 15 juillet dernier, 229 ans et un jour après la prise de la bastille, la France prenait pour la seconde fois, la route vers les étoiles. Championne du monde de football, les Bleus consacraient sur un terrain de football, un idéal que la nation tricolore voudrait bien faire sienne au quotidien: celui de l’identité dans la mixité.
    En Afrique, une partie des amateurs de football s’est retrouvée à soutenir la France, tandis qu’en face une autre partie souhaitait avec ardeur la voir perdre. Il faut noter que le premier camp s’est progressivement renforcé au fil des éliminations des équipes africaines. Par un phénomène d’identification facilité par la langue, les patronymes et aussi, soulignons-le, la carnation, beaucoup ont finalement jeté leur dévolu sur l’équipe de France.
    Le camp d’en face lui était formé en grande partie de supporters se considérant comme anti-France et ramenait sur le terrain du foot, un ensemble de griefs qu’il avait contre le pays. Une affaire comme la non-sélection de Karim Benzema, « l’Africain » y a également joué un rôle. Cette faction a été rejointe par beaucoup de ceux, plus neutres et plus nuancés, qui ne trouvaient aucun attrait au jeu tout en retenue, proposé par l’équipe de France.
    Les premiers triomphent à l’issue du match, une frange s’essayant à une récupération éhontée de la victoire des Bleus, et une partie des seconds, la plus virulente, dénonce une équipe de mercenaires, survivance du passé colonial français. Mais les deux camps illustrent surtout la difficulté, pour une partie de l’Afrique d’avoir des relations neutres et dépassionnées avec l’ancienne puissance coloniale.
    La leçon
    Laissons chacun sur ses positions et examinons plutôt les leçons qu’il y a à tirer de ce sacre français.
    Car, si, très vite, des voix se sont élevées pour souligner ce que la France devait ou non à l’Afrique, il convient également de faire l’exercice inverse et de se demander ce que l’Afrique, elle, doit à cette France métissée pour cette victoire. Car, on ne saurait dire, bien loin de là, que cette victoire n’apporte rien à l’Afrique. En effet, le triomphe des Bleus est un énorme message au continent.
    Impossible ? Si ce mot n’est pas français, pourquoi serait-il africain?
    14 joueurs d’origine africaine sur 23 parmi les champions du monde, ça interpelle. Surtout quand on sait que, selon les estimations, la population d’immigrés d’origine africaine en France tourne seulement autour de trois à quatre millions de personnes (les recueils de données sur l’ethnicité étant interdits en France). Pour un continent d’un milliard d’âmes, essentiellement jeunes, c’est un message d’espoir. Car, on s’en doutait mais maintenant on en a encore la preuve : non, il n’y a pas de signe indien sur ce continent dans le domaine du football. Pour gagner, il faudra juste suivre un chemin que des pays comme la France ont déjà tracé. Celui de la formation, celui de l’investissement sur la jeunesse, celui de la professionnalisation du sport. La construction d’un projet ambitieux. Il faudra également une rupture avec les pratiques aliénantes qui prévalent encore dans le football continental.
    Si ce chemin vers l’excellence est suivi, nul doute que l’Afrique pourra elle-même célébrer ses propres victoires et ne pas se chercher des triomphes par procuration. Impossible? Si ce mot n’est pas français, pourquoi serait-il africain?
    La polémique
    Si enfin, l’on devait apporter une réponse à la polémique qui a entaché la belle célébration d’une équipe jeune, multiculturelle et talentueuse, il suffirait juste de ressortir quelques faits.
    Certes, ces Bleus-là, comme une partie de ceux de 1998 ont des origines incontestablement africaines. Des noms comme Umtiti, M’Bappe ou Kante, ou même Pogba ont des consonances camerounaise, guinéenne ou malienne. Mais ils sont également présents dans toute la France, portés depuis une ou deux générations par des jeunes nés et ayant grandi sur le territoire français, qui n’ont connu que ce pays et se sentent entièrement français. Sur les 23 joueurs de l’équipe de France, 19 sont nés sur le territoire français, 2 y sont arrivés à l’âge de 2 ans et les derniers sont nés en Espagne. Mais surtout, c’est la France et non l’Afrique qui a investi dans leur éducation, leur formation et leur a offert leurs premières opportunités professionnelles.
    Le continent africain s’est quant à lui parfois contenté de récupérer gratuitement certains produits de cette formation. Ainsi, souligne Le Monde, si la France a formé le plus de joueurs ayant participé à ce mondial (52 sur 736), près de la moitié de ces joueurs ont évolué sous les couleurs des sélections africaines (25 joueurs dont neuf pour la Tunisie, huit pour le Maroc et huit pour le Sénégal). Ainsi, des joueurs comme Youssouf Sabaly pour le Sénégal ou encore Younes Belhanda pour le Maroc proviennent de centres de formations français.
    Pour ces bi-nationaux, l’option de la nationalité sportive du pays d’origine de leurs parents peut parfois relever de l’opportunisme. Un footballeur n’ayant pas le niveau pour s’imposer en équipe de France optera pour une sélection africaine moins huppée mais où il a une place de titulaire garantie. Dans d’autres cas, il relève du choix cornélien. Un Nabil Fekir, néo-champion du monde formé à l’Olympique Lyonnais, qui a longtemps hésité entre la France et l’Algérie, pays d’origine de ses parents, en a été la brillante illustration.
    Alors, français ou africains? On peut se demander pourquoi ne pas les laisser être les deux, et si être l’un devrait exclure d’être l’autre?
    Ces champions sont à la fois français ET africains, comme en attestera la désormais célèbre enceinte de Presnel Kimpembe, mais d’abord et avant tout des humains qu’il conviendrait de laisser célébrer et savourer un succès obtenu de haute volée.
    Avec Aaron Akinocho

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