CENTRE PENITENTIAIRE ET DE REEDUCATION DE KINSHASA (Ex Makala) : Le cap de 8000 détenus en passe d’être franchi. Vivement, une nouvelle politique pour humaniser les milieux carcéraux

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Vue de la salle d’audience de la prison centrale Makala à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Offrir aux détenus la possibilité de vivre décemment, tel est le leitmotiv du ministère de la Justice et Droits humains à court terme. Pour ce faire, le cabinet dirigé jusque-là par Alexis Thambwe Mwamba a brossé un état des besoins qui se chiffre à 10, 922 milliards de FC pour l’exercice 2017. Mais hélas, à la direction de la préparation du budget, seulement 3, 620 milliards de FC ont été prévus. Le ministre de tutelle en appelle à l’Assemblée nationale, autorité budgétaire pour remédier à la situation.
Sortir de la prison pour être utile à la société, Thambwe Mwamba y croit ferme et s’y met. Tous les ateliers de scierie, de plomberie, d’imprimerie, etc., à l’arrêt depuis des lustres notamment à la prison centrale de Makala pourraient de nouveau devenir opérationnels. Les activités génératrices des recettes, AGR, au bénéfice des détenus aussi. Tout est question de volonté politique et de moyens financiers, a laissé comprendre aux élus, le ministre de la Justice à la suite d’une question orale lui posée, début novembre, sur la prise en charge des détenus malades. Le ministère de la Justice s’emploie à court terme à désengorger les grandes prisons du pays à travers notamment la réhabilitation des centres pénitenciers de Luzumu au Kongo Central, dont la fin des travaux est annoncée pour fin 2017, ainsi que celle de Mbenseke avec l’appui de la MONUSCO. Les prisons d’Osio dans la province de Tshopo, de Buluwo (Haut-Katanga), de Mbandaka (Equateur), de Kabinda (Lomamai) et de Tshikapa(Kasaï) seront elles aussi réfectionnées par le génie militaire des FARDC. La prison centrale d’Angenga dans la province de l’Equateur a été rouverte en 2015 après sa réfection grâce un appui du Comité internationale de la Croix rouge, CICR. Quant à Makala dont l’effectif des détenus au 10 novembre 2016 était de 7.888 détenus, les pavillons 3,4 et 6 seront réhabilités pour un montant de 1.333.496 dollars. Les procédures de passation de marchés sont en cours au niveau du ministère des ITPR. Il sied de rappeler qu’à sa création en 1959, le centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, ex prison de Makala avait une capacité de 500 détenus. Kinshasa alors Léopoldville comptait 350.000 habitants contre plus de 10 millions à ce jour, selon de récentes estimations.
A ce jour 41 prisons sont subventionnées par le gouvernement par le truchement du ministère de la Justice et Droits humains. Mais Thambwe se fait un peu de soucis financiers. De plus de 2, 247 milliards de FC de budget bouclé pour l’exercice 2016, la primature a ramené cette allocation à 1,8 milliard de FC. Tout décaissement se fait désormais par voie bancaire. Chaque trimestre, la prison de Makala reçoit 591,5 millions de FC contre 218 millions de FC pour la prison militaire de N’dolo, près de 125 millions de FC pour la prison d’Angenga et 6 millions de FC pour la prison de la Kassapa à Lubumbashi. A son arrivée au ministère de la Justice, seules 15 prisons étaient subventionnées par l’Etat. L’inspection des prisons dans le cadre de la promotion des droits humains sera très fréquente, a rassuré le ministre de la Justice. Le contrôle des conditions d’incarcération, le respect de droits des détenus seront de rigueur. Déjà, les services du ministère de la Justice sont en tournée dans les centres pénitenciers de l’arrière-pays où des ONG décrivent souvent des situations apocalyptiques. Il s’agit notamment des prisons de Kinshasa, de l’ex-Bandundu, du Sankuru, de Maniema, du Kasaï oriental et de Lomami.
Libérations conditionnelles.
Selon les services du ministère de la Justice, les prisons r-dcongolaises sont bondées des détenus préventifs. Certaines estimations avancent même le taux de 75%. Ainsi, dans l’optique de la décongestion des milieux carcéraux, le ministre de tutelle a rappelé dans un arrêté aux officiers judiciaires que « la liberté individuelle est la règle, et la détention, une exception ». Des mesures d’assouplissement devraient être envisagées pour toute détention préventive excédant trois mois. Et tous les condamnés faisant preuve d’amendement devraient être proposés à une libération conditionnelle. Depuis janvier 2015, indique Thambwe Mwamba, plus de 1220 prisonniers ont bénéficié de mesures de libération conditionnelle et plus de 3.000 détenus de la mesure de la grâce présidentielle.
NADINE KINGOMBE

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