ACTIVISME POLITIQUE POUR LES NULS : Sankuru, le revers de la médaille que nul n’ose brandir

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L. Mende, au cours d'un de ses séjours au Sankuru

Ça barde autour de l’élection du gouverneur de province et de son adjoint dans la jeune province du Sankuru issue du démembrement du Kasai Oriental. Tout au moins, ça donne l’impression de barder, parce qu’ici comme à Kinshasa la capitale où la succession du gouverneur Kimbuta donne lieu à une impressionnante foire d’empoigne familiale, tout semble mis en œuvre pour occulter le point de vue du souverain primaire. Cet électeur (cette électrice) qui, en glissant un bulletin de vote au nom de son élu provincial lui confiait ne même temps son avenir et s’en remettait à sa personne pour choisir qui il juge bon pour présider aux destinées de l’exécutif provincial.
Indifférence générale
A Kinshasa, de prétendus mouvements citoyens prennent d’assaut le siège de l’assemblée provinciale, dont ils tentent de perturber le déroulement des plénières depuis mercredi 6 mars, sous le prétexte franchement anti-démocratique de s’opposer à la présentation des candidatures de Gentiny Ngobila (FCC) et de Magloire Kabemba (Indépendant). Mercredi, ce sont des jeunes présentés comme membres du mouvement dit citoyen Eccha qui se seraient bruyamment et violemment manifestés contre les deux candidatures. Jeudi, au moment où Le Maximum mettait sous presse, un autre groupe de jeunes se réclamant du candidat Magloire Kabemba aurait lui aussi investi les lieux pour faire valoir la candidature de son joker. Pendant que les uns et les autres s’empoignent à l’assemblée provinciale kinoise et à coups de sorties médiatiques, la grande majorité d’électeurs de la capitale (4 millions s’étaient inscrits sur les listes électorales) vaque paisiblement à ses occupations quotidiennes. Et attend que les délégués qu’ils se sont choisis tranchent. Et non pas les excités de tous acabits qui gesticulent sans droit ni titres, qu’ils soient de Eccha ou de n’importe quelle autre chapelle douteuse.
Même topo au Sankuru
A près de 2000 km de Kinshasa, dans la province du Sankuru sous les tropiques de l’immense RD Congo, même scénario, depuis notamment qu’un gros calibre régional, Lambert Mende Omalanga, a décidé de postuler au gouvernorat de cette province. Déclarations politiques et manifestations de contestations et de soutien de candidatures se multiplient, dans les médias et sur les réseaux sociaux plus que sur le terrain des opérations électorales qui n’ont même pas encore débuté, du reste. L’observateur qui se fierait uniquement à cette agitation plus médiatique que réellement populaire se tromperait lourdement : comme à Kinshasa, les Sankurois sont tout à leurs occupations quotidiennes, réservant les ragots politiciens à quelques cercles d’initiés qui sont loin de représenter le 10ème des électeurs de la province. Même après qu’un jeune et présomptueux candidat indépendant, Joseph-Stéphane Mukumadi, se fut lui aussi aligné dans la course au gouvernorat du Sankuru il y a quelques semaines. Avant de se faire débouter proprement par la cour d’appel provinciale siégeant à Lodja pour double nationalité.
A défaut de mouvements citoyens Eccha, Lucha, etc, inexistants au Sankuru, poussent comme des champignons sauvages parce que hors-saisons, toutes sortes de dynamiques pro et anti-Mende. Qui embouchent le refrain de la contestation du ticket désormais unique à la course au gouvernorat du Sankuru. Il en est ainsi d’une certaine Dynamique des Ressortissants du Sankuru à Kinshasa, dont peu d’originaires de la province avaient jamais entendu parler auparavant. Elle aurait fait déposer une sorte de dossier de contestation de candidature sur la table du président de la République. Et nulle part ailleurs, surtout pas dans un tiroir ! Au motif que la gestion de la province par le ministre sortant de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement durant plus d’une décennie … serait rien moins que catastrophique. En foi de quoi l’organisation sollicite du chef de l’Etat le retrait de la candidature d’un candidat qui n’a été recalé ni par sa famille politique, le FCC, ni par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), et encore moins par les instances judiciaires compétentes en la matière.
Pas d’alternative crédible
Ce n’est pas tout. Les chantres du retrait de la candidature de l’autorité morale de la CCU & Alliés ne pipent mot de l’alternative qu’ils proposent au retrait de la candidature du lumumbiste. Elle représente une véritable gageure que nul n’ose évoquer : dans la jeune province du Sankuru, nul ne peut gouverner contre Lambert Mende, en réalité. Le retrait, contre sa volonté et celles des siens, de la candidature de Lambert Mende au gouvernorat du Sankuru requiert que ses adversaires politiques expliquent aux Sankurois comment ils vont s’y prendre pour gérer la province contre les nombreux partisans du meilleur élu de la province et par ailleurs 5ème meilleur élu national en RD Congo.
Dans la province du Sankuru, un véritable fossé sépare les annonces médiatiques et communiqués à sensation des réalités politiques sur le terrain, qui elles révèlent sans conteste le soutien dont bénéficient Mende et son Alliance CCU & alliés. Les résultats locaux des élections de décembre 2018 l’attestent, chiffres à l’appui.
Statistiques éloquentes
Sur l’ensemble de la province du Sankuru, c’est la liste CCU & Alliés qui tient le haut du pavé en nombre des voix obtenues aux élections provinciales avec la bagatelle de 72.821 voix, contre 59.407 voix pour ses alliés du PPRD ; 33.522 pour le REP & alliés ; 18.186 pour le PALU & alliés ; 18.076 pour le PPPD ; 13.225 pour l’AABC … Des voix auxquelles il faut ajouter celles du REP & Alliés, un regroupement politique emmené par l’honorable Justin Omokala, jeune frère biologique de Lambert Mende. Dans ce palmarès, pas de Dynamique de ressortissants du Sankuru qui vaille : inconnu au bataillon, simplement. Ni même quelque autre leader politique sankurois qui approcherait de la cheville du ministre sortant des médias, autorité morale de son propre parti politique. C’est tout dire.
Traduits en termes de sièges à l’Assemblée provinciale, les mêmes statistiques électorales révèlent que Lambert Mende n’a pas usurpé en postulant au gouvernorat du Sankuru. Dans la province, seul le PPRD qui compte 7 élus à Katako-Kombe (1), Lodja (2), Lomela (1), Lubefu (1), Lusambo-Ville (1), Kole (1), un chiffre peut être porté à 8 lorsqu’on y ajoute le siège obtenu par le PPPD à Lubefu, rafle plus de siège que les mendistes.
Le parti présidentiel est, en effet, talonné par l’Alliance CCU & alliés qui compte 4 sièges dont 1 à Katako-Kombe, 2 à Lodja, et 1 autre à Lusambo. Dans la réalité, ce nombre doit être porté au double ou presque, Lambert Mende ayant eu l’habileté politique de s’allier le REP&Alliés qui lui ajoute 3 sièges provinciaux supplémentaires dont 1 à Lodja, obtenu par son jeune frère Justin Omokala, 1 à Kole, et 1 à Lomela.
Le reste des sièges reviennent aux autres alliés du parti dans le cadre du FCC, le PALU&alliés (2), à l’AABC (2), G18 (1), à l’AAAC (1), à l’ABCE (1) et à l’AAAC.
En réalité donc, Mende peut ne pas être gouverneur du Sankuru, mais nul ne peut gouverner sans son quitus. Avec 8 sièges, l’autorité morale de la CCU & Alliés est en mesure, en s’alliant l’un ou l’autre élu, de bloquer ou de déstabiliser quiconque trônerait sur l’exécutif de la province.
Ça, personne n’ose le dire, mais la réalité incontournable : il est impossible de gérer le Sankuru sans le soutien de Lambert Mende.
J.N.

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